XIV. LES DIVEBS SCHISMES D'ORIENT
firent saint Germain Ier en face de Léon III, Nicéphore Ier en face de Léon V, d'autres étaient tout prêts à prendre leur place, sur l'appel du maître, et payaient par une docilité sans scrupules la faveur qui les élevait au patriarcat. Mais ces cas même furent exceptionnels et, en règle générale, l'orthodoxie du patriarche se modelait sur celle de l'empereur.
En vain saint Jean Damascène, le défenseur des images, condamne-t-il énergiquement le césaropapisme dans ses trois Apologies contre les iconoclastes (726-737) (1). Les évêques de Constantinople sont trop heureux de trouver là un point d'appui pour avancer vers le but qu'ils poursuivent sans cesse. Tout leur sert d'ailleurs à étendre leur domination. L'éclipsé momentanée, sous le joug arabe, des patriarcats melkites (2) leur permet de gouverner toute l'Église hellénique : et comme les ve et vie conciles œcuméniques (553 et 681) n'avaient pas porté de canons disciplinaires, le patriarche Paul III profite du concile in Trullo, réuni en 691 par l'empereur Justinien II, pour faire affirmer de nouveau, en les aggravant encore, les prétentions du siège byzantin à la suprématie universelle.
6. On ne peut cependant pas dire que l'Orient grec ait déjà cessé de reconnaître la primauté du Pontife romain en matière doctrinale et même disciplinaire. « Il arrive parfois, dit Mgr Duchesne, que Yultima ratio ecclésiastique d'Orient, la décision du concile œcuménique, soulève des protestations et que ces protestations s'adressent à Rome ; Rome intervient, fait prévaloir son jugement, ou tout au moins réserve solennellement le droit contre le triomphe momentané de la force. La sentence rendue contre Chrysostome par le concile du Chêne et l'évêque d'Alexandrie est cassée, sur appel implicite, par le pape Innocent. En dépit de toutes les résistances, même de Théophile et de Cyrille, cette cassation finit par sortir son effet. Si Nestorius tombe du siège de Constantinople,
(1) P. G., t. xciv, col. 1232-1420.
(2) Antioche manque de patriarches, au moins résidentiels, de 609 à 740 ; Jérusalem n'en a aucun entre 638 et 706 ; Alexandrie, entre 651 et 742.
c'est beaucoup moins parce que Cyrille Ta condamné que parce que Rome ne l'a pas soutenu. Dans ce débat compliqué, l'accord que l'on finit par établir ne se produit pas sans l'intervention du pape Xyste III. Le second concile d'Éphèse est cassé par le pape Léon, sur appel précis et aussi sur le rapport de ses légats. C'est Léon qui fait la paix en Orient et qui règle, soit par sa lettre à Flavien, soit par ses légats au concile de Chalcédoine, les termes de l'accord dogmatique... (1). »
Les choses continuent ainsi pendant quatre siècles. C'est à Rome qu'en appellent, et quelquefois même se réfugient les évêques qui sont ou se croient injustement dépossédés : en 482, Jean Talaï'a, patriarche orthodoxe d'Alexandrie, que Constantinople ne veut pas reconnaître ; en 681, Macaire, patriarche titulaire d'Antioche, que le sixième concile œcuménique a condamné comme hérétique. C'est à Rome que s'adressent les orthodoxes, quand la foi leur paraît en danger : comme l'avaient fait Athanase contre les Ariens, Cyrille contre Nestorius et Flavien contre Eutychès, on demande le secours du pape contre le monothélisme au vne siècle, contre l'iconoclasme au vme et au ixe siècle. Le motif de ces recours, c'est la croyance à l'autorité suprême du pape en matière de foi, croyance exprimée dans les termes les plus significatifs. Sophrone, patriarche de Jérusalem, mort en 638, avait solennellement, avant de mourir, donné à un de ses évêques, Etienne de Dora, la mission de se rendre à Rome : « Allez, lui disait-il, jusqu'au siège apostolique, où sont les fondements de la doctrine orthodoxe, expliquez tout non une fois, non deux fois, mais beaucoup plus souvent, indiquez avec exactitude aux saints personnages qui siègent là-bas les questions agitées en nos parages, ne cessez de les prier et de les supplier que lorsque leur apostolique et divine sagesse aura prononcé la sentence victorieuse et détruit de fond en comble, canoniquement, la nouvelle hérésie (2). » En 643, l'archevêque Sergius de Chypre écrit au pape Théodore Ier : « Pilier de construction divine et de solidité
(1) L. Duchesne, Histoire ancienne de V Église, t. ni, p. 669.
(2) Mansi, conc, t. x, col. 896.