XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT
inébranlable, stèle où la foi est clairement inscrite, voilà, ô tête sacrée, ce qu'est votre chaire apostolique fondée par le Christ notre Dieu. Oui, vous êtes Pierre... vous êtes le destructeur des hérésies profanes, en votre qualité de prince et de docteur de la foi orthodoxe et immaculée (1). » Lors de la reprise de l'iconoclasme sous l'empereur Léon V, en 817,saint Théodore le Studite écrivait au pape Pascal Ier : « Nous reconnaissons comme successeur évident du Prince des Apôtres l'évêque qui préside à l'Église de Rome... Vous êtes vraiment la source toujours pure dès le principe et toujours limpide de l'orthodoxie. Vous êtes le port tranquille où l'Église entière trouve un abri certain contre toutes les tempêtes de l'hérésie. Vous êtes la citadelle choisie par Dieu pour être le refuge assuré du salut (2). » Le même Théodore, quelques années après, disait à l'empereur Michel II : « Ordonnez que l'on reçoive l'exposition de foi envoyée de l'ancienne Rome, ainsi qu'il a été pratiqué de tout temps par nos pères. Car cette Église, ô empereur imitateur du Christ, est la première de toutes les églises de Dieu : Pierre est son premier évêque, Pierre à qui le Seigneur a dit : Tu es Pierre... (3). »
On ne dira pas qu'il n'y a là que des formules de politesse ; ce ne sont pas seulement des « titres honorifiques » que l'on donne au Pape en ces termes : ce sont des témoignages très nets et très explicites d'une foi vivante en son rôle de pasteur et docteur suprême (4).
(1) Mansi, Conc, t. x, col. 913.
(2) Théod. Stud., dans P. G.: t. xcix, col. 1156.
(3) P. G., t. xcix, col. 1332.
(4) Le fameux article sur l'union des églises qui parut, à la fin de 1910, dans le premier numéro de la revue Roma e V Oriente critique l'usage que font les théologiens catholiques des témoignages anciens en faveur de la primauté romaine : « On ne distingue jamais bien, y est-il dit (c'est nous qui soulignons jamais), et on identifie, sans aucun souci, des textes qui ne sont aucunement dogmatiques avec le dogme même... Chaque Père qui donne un titre honorifique quelconque à un évêque romain est déjà cité comme un témoin du dogme de la papauté. » Et l'alinéa se termine après cette phrase, laissant supposer qu'il n'existe pas de témoignages plus sérieux. L'auteur, dont la bonne foi a été si étrangement surprise, a pourtant bien dû lire les Églises séparées de Mgr Duchesne. Il est fâcheux qu'il ait oublié, entre autres choses importantes, les chapitres iv et v de
Mais ceux qui parlent ainsi ne sont-ils pas des amis intéressés du pontife romain, plus ou moins justement révoltés contre leur patriarche et ayant besoin contre lui d'un appui étranger ?
Eh bien ! non, telle n'est pas l'explication de leur démarche; car les autres aussi, et cela est particulièrement instructif, les autres aussi recourent au Pape, même les hérésiarques, même les patriarches byzantins, même les empereurs. Comme autrefois saint Athanase et les ariens, Eutychès le monophysite et le patriarche Flavien avaient écrit tous les deux à Rome en 449 ; Sergius, patriarche et père du monothélisme, n'est pas empêché par cette double qualité d'en référer, en 633, au pape Honorius (1) ; les patriarches saint Taraise (784-806) et saint Nicéphore Ier (806-815), s'ils ont à se reprocher quelques excès d'indulgence pour les scandales de la cour, n'en tiennent pas moins à avoir l'approbation du pape; ils le reconnaissent en tout comme le chef suprême, ne réunissent leurs conciles que sous la présidence de ses légats (2).
Il serait fastidieux d'énumérer tous les efforts des empereurs pour faire sanctionner par les papes leurs ordonnances dogmatiques. Si Justinien voulait, avec tant d'opiniâtreté, que le pape Vigile marchât d'accord avec lui dans l'affaire des T rois-Chapitres, si Constant II fut si courroucé de ne pouvoir faire agréer son Type par le pape saint Martin Ier, si Léon III l'Isaurien chercha d'abord à faire approuver par le pape Grégoire II ses fureurs
cet ouvrage. Après la prompte et complète rétractation qu'il a faite, nul n'a plus le droit de l'incriminer ; son erreur a fourni à S. S. Pie X l'occasion, par sa lettre du 26 décembre 1910 aux délégués apostoliques en Orient, de déclarer une fois de plus les sentiments qui animent les papes à l'égard des Orientaux et de remettre les choses au point. Mais, malgré la rétractation de l'auteur, les Orientaux se sont emparés de son article ; un tirage à part en a été fait clandestinement à Athènes, en une brochure sans nom d'éditeur, ayant pour titre Pensées s ur la question de V Union des Églises. Les phrases que nous venons de citer sont aux pages 32 et 33 de cette brochure.
(1) Mansi, t. xi, col. 529-537.
(2) Pour Taraise, cf. Mansi, t. xn, col. 991, 1051, 1114, ; t. xm, col. 1, 133, 204,365,380. Pour Nicéphore Ier, P. G., t. c, col. 597.