‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 170 sur 306 · XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT · texte numérisé non relu

XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT

do casser cette décision du concile (1). Saint Grégoire le Grand s'y opposa également de toutes ses forces : il écrivit au patriarche, à l'empereur ; il sollicita une protestation des patriarches Anastase Ier d'Antioche et Euloge d'Alexandrie. Tout fut inutile. Quelques années après seulement, en 607, Boniface III obtint satisfaction de l'empereur Phocas (2). Mais ce succès dura peu ; les patriarches reprirent le fameux titre, les empereurs, les conciles et tout TOrient continuèrent à le leur donner. La conséquence prévue se réalisa : quand, pendant plusieurs siècles, les Grecs eurent appelé leur patriarche « œcuménique », il leur était difficile de ne pas le regarder comme le premier pontife de l'Église universelle.

Voilà la grave erreur qui s'infiltre peu à peu, au travers de tant de conflits, de schismes et de réconciliations. Au milieu du ixe siècle, il semble que toutes les autres hérésies aient disparu pour lui laisser le champ libre. Car c'est fini maintenant : il n'y aura plus d'empereurs, par conséquent plus de patriarches, ariens, ou nestoriens, ou monophysites, ou monothélites, ou iconoclastes. En attendant l'événement ouïe prétexte qui provoquera l'irrémédiable rupture, l'Orient grec se recueille et jouit de l'unité doctrinale enfin assurée. En 842, l'iconoclasme étant bien vaincu, un concile se réunit à Constantinople. On y affirme solennellement l'autorité des sept conciles œcuméniques, qui doivent demeurer la règle de foi; et, pour célébrer l'écrasement de toutes les hérésies, on établit une fête spéciale, fixée au premier dimanche de carême : la fête de l'orthodoxie, xavTQyupiç tyjç épôoBo^'aç. L'Église « orthodoxe » est définitivement constituée.

11° La rupture définitive.

9. Ainsi qu'on a pu le remarquer, la même histoire, ou à peu près, se réédite dans l'église grecque à l'occasion de chaque crise doctrinale. Par le caprice d'un empereur et la complicité de son patriarche, un dogme hérétique

(1) Mansi, t. ix, col. 1213.

(2) Lib. pontif., t. I, p. 316.

est déclaré officiel ; il trouve aussitôt, de gré ou de force, un grand nombre d'adhérents. Puis la conscience chrétienne se réveille et se révolte ; la persécution commence et fait des martyrs ; en même temps, les âmes orthodoxes et catholiques en appellent au Pape ou, à sa voix, se rangent autour de lui. Grâce à cette union, au premier tournant favorable des affaires politiques, la vraie foi triomphe : mais ses plus zélés partisans, ses amis de la première heure, ont disparu en grande partie ; les hérétiques violents sont condamnés ou gravement compromis ; il reste un troisième groupe, celui des habiles, qui, n'ayant accepté l'hérésie qu'avec réserve et réticences, ne sont pas trop compromis, mais n'ont pas tout de même été martyrs, et ne se sont pas trop engagés avec le Pape. Le jour de la pacification, ils sont là pour en recueillir le fruit, mais ils se trouvent très gênés et paraissent très surpris de devoir quelque chose au Pape : ils tiennent à être orthodoxes, beaucoup moins à être catholiques (1).

Photius, après bien d'autres, appartient à cette famille. Il voulut être le chef des orthodoxes, mais il le fut sans le Pape et contre le Pape.

Né en 820, il se trouvait à la cour en 842, quand on institua la fête de l'orthodoxie. En 846, quand mourut le patriarche saint Méthode, il était déjà célèbre par l'étendue de ses connaissances, et devint bientôt l'homme le plus savant de son temps. Il était de plus aimable et séduisant ; il put se vanter que ses amis l'aimaient plus que leurs propres parents (2). Mais surtout il était habile : il savait flatter, et c'est par la flatterie qu'il obtint de l'empereur Basile Ier d'être rappelé de son premier exil ; il savait feindre, et sa modération apparente endormit quelque temps les inquiétudes du pape Jean VIII ; il savait tromper et abusa tout à fait le cardinal Pierre, envoyé par JeanVIII

(1) Ces idées se trouvent développées dans l'introduction d'un ouvrage dont nous ne saurions trop recommander la lecture : La Russie et V Église universelle, par Vladimir Soloviev, Paris, 2e édition, 1906. Cette introduction renferme/sur l'histoire des hérésies grecques et la formation de ce schisme qui n'est que Vhérésie rentrée, une vue synthétique des plus remarquables. Voir surtout les pages xxxi-xlvii.

(2) P. G., t. en, col. 597.

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