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XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT

en 879 : il est vrai que le cardinal Pierre ne comprenait pas le grec, lacune regrettable pour un légat en Orient.

Voilà l'homme qui, en 857, se laissa sans scrupule asseoir sur le trône patriarcal, lorsque Bardas, l'oncle du jeune empereur Michel III, en chassa Ignace, successeur de saint Méthode. Photius essaie alors de faire confirmer par le pape Nicolas Ier cette singulière élection (1) ; il trompe d'abord les légats romains ; mais le pape, prévenu par Ignace, mande à Rome Ignace et Photius. Constantinople répond par deux manifestes : le premier est une lettre insultante signée de l'empereur Michel III et dans laquelle on va jusqu'à se moquer du latin employé par le pape Nicolas (2) ; le second est une encyclique de Photius aux évêques d'Orient, où il entasse toutes sortes d'accusations contre l'Église latine, condamnant ses usages et le genre de vie de ses ministres (3). Ce n'est pas encore tout : Photius réunit un concile à Constantinople et excommunie le pape Nicolas.

La même année (867), le macédonien Basile Ier fait périr Michel III l'Ivrogne et prend sa place. D'accord avec le nouveau pape Adrien II, Basile réunit à Constantinople un autre concile, le VIIIe œcuménique, que président les légats du pape (869). Photius est condamné ; Ignace remonte sur le siège patriarcal. Mais Photius réussit à rentrer en grâce et, quand Ignace meurt en 877, c'est Photius qui redevient patriarche. Pour éviter de nouveaux conflits, et sous certaines conditions qui d'ailleurs ne furent pas remplies, Jean VIII, successeur d'Adrien II, veut bien reconnaître Photius : celui-ci en profite pour réunir, en 879, un nouveau concile qui, aussi docile que celui de 867, annula les décrets du concile œcuménique et renouvela les condamnations antérieures faites par Photius. Jean VIII est obligé de condamner de nouveau Photius. Mais Photius, protégé par l'empereur Basile, se maintient jusqu'à l'avènement de Léon VI (886). Léon VI le renferme dans un couvent, où il meurt en 891.

(1) Photii Epist., i (P. G., t. en, col. 586).

(2) Nous connaissons cette lettre par la magistrale réponse qu'y fit le pape Nicolas, (P. L., t. cxix, col. 926 sq.).

(3) P. G., t. en, col. 721-741.

A l'avènement de Léon VI, l'union avec Rome reparaît extérieurement ; mais elle n'est plus dans les esprits.

C'est que l'ambition de Photius est seulement l'occasion déterminante d'un éclat qui devait se produire. A Byzance, les esprits se tournaient de plus en plus contre Rome. Aux causes générales de mécontentement ou de défiance signalées plus haut, s'ajoutaient alors des causes nouvelles. On méprisait toujours un peu Rome comme tout ce qui n'était pas grec ; on la méprisait davantage depuis qu'elle ne faisait plus partie de l'empire byzantin ; on s'en défia plus encore quand elle fut sous le protectorat des Francs ; on fut tout à fait irrité quand le pape Léon III eut reconstitué l'empire d'Occident. En 869, par exemple, Basile ne pouvait pardonner à Adrien II d'avoir, dans une de ses lettres, donné à Louis II le titre d'empereur.

A l'époque de Photius, la question bulgare fournit un autre grief. Sur la demande, peut-être intéressée, du roi Boris, le pape envoya en Bulgarie des missionnaires latins, voulant rattacher ce pays au patriarcat de Rome. Les patriarches de Constantinople, y compris Ignace, tenaient à garder la Bulgarie dans leur ressort ; ils ne cédèrent jamais sur ce point, et la querelle alla en s'envenimant jusqu'à la mort d'Ignace. Le légat Formose, qui avait été mis par Nicolas Ier à la tête de la mission latine, manquait certainement de souplesse.

Voilà les vraies causes de division. Photius, pour justifier sa rupture, invoque de nombreux prétextes ; mais les reproches qu'il fait aux Occidentaux ne portent presque tous que sur des usages disciplinaires ou liturgiques. Il est inutile de les discuter. Ce qui est évident, c'est que les usages de Rome étaient au moins aussi respectables que ceux de Constantinople ; et puisque Rome permettait aux Grecs de conserver les leurs, pourquoi les Grecs n'avaient-ils pas la même tolérance à l'égard de Rome ?

L'addition du Filioque dans le symbole chanté à la messe paraît constituer un reproche plus grave ; il n'était pas nouveau, mais Photius s'en empara pour lui donner une plus grande importance. Cette addition, Rome l'avait d'abord laissé introduire en Espagne au ve siècle, plus

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