‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 172 sur 306 · XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT · texte numérisé non relu

XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT

tard chez les Francs, ensuite en Allemagne, mais ne l'avait pas encore admise elle-même. C'est Benoît VIII seulement qui devait, vers 1020, faire chanter le symbole à Rome avec les mots Filioque. Et puis, au fond, n'était-ce pas surtout querelle de mots ? Les Grecs disaient que le Saint- Esprit procède du Père par le Fils, cià toO Tioû ; les Latins, en disant qu'il procède du Père et du Fils, altéraient-ils davantage le sens du symbole, qui ne nomme pas le Fils dans cette formule, mais ne l'exclut pas ? Photius fit tout ce qui dépendait de lui pour en faire une erreur doctrinale (1).

En regard des subtilités de Photius, est-il vrai de dire que Nicolas Ier « avec son esprit hautain, sa fierté, sa tendance à vouloir maîtriser complètement l'Église de Constantinople et en faire une partie de celle de Rome est presque aussi responsable de la division que Photius (2)» ? C'est à ses lettres qu'on renvoie pour appuyer ce jugement. La plus significative certainement est celle (3) qu'il écrivit à Michel III en réponse à sa lettre d'insultes. Certes, la lettre du pape est digne, est ferme, est catégorique ; mais dans celle-là aussi bien que dans toute autre, il est difficile de voir en quoi Nicolas Ier dépassait ses droits ou manquait de charité ; en tout cas, s'il veut, comme pape, maintenir l'Église de Constantinople dans l'unité catholique, il ne prétend nullement la régenter comme patriarche, ni la plier aux usages de l'Église latine. C'est une distinction qu'on ne doit pas oublier : le pape a le devoir de maintenir l'unité de la hiérarchie, et c'est ce qu'a voulu faire Nicolas Ier ; le patriarche, comme tel, doit respecter les usages des autres églises : dans la querelle entre Nicolas et Photius, quel est celui qui manquait à ce devoir ?

10. Photius disparut, mais le schisme subsista dans la réalité, sinon officiellement. D'un côté, chez les évoques

(1) Voir sur cette question, L. Duchesne, Églises séparées, p. 75- 87 ; J. van der Mœren, Disstrtatio theologica de proeessione Spiritus sancti; Hergenrôther, Photius, t. i, p. 684-711.

(2) Pensées sur la question de Vunion des Églises, p. 29.

(3) C'est la lettre lxxxvi [P. L., t. cxix, col. 926 sq.).

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grecs, le souvenir du concile de 869 était celui d'une humiliation qui entretenait leurs rancunes; et le manifeste de Photius demeurait avec toutes ses accusations, rappelé et réédité de temps à autre par les patriarches. Du côté de Rome, on ne voyait, en ce pauvre xe siècle, rien de bien édifiant. Les pontifes qui se succèdent sur le siège de saint Pierre avec la rapidité que Ton sait n'ont guère le temps de s'occuper des affaires de Constantinople ; ou, quand ils s'en occupent, ce n'est pas toujours avec bonheur ; témoin Jean XI, ce fils de Marozie, qui envoie des légats pour imposer de force aux Byzantins un patriarche de treize ans, Théophylacte, fils de l'usurpateur Romain Lécapène (1). En 1025, le pape Jean XIX refuse encore d'accorder au patriarche Eustathe le titre d'oecuménique, et ce refus achève d'aigrir les esprits. Quand Michel Gérulaire monte en 1043 sur le trône patriarcal, les relations sont des moins cordiales. Toutes les accusations contre les Latins sont de nouveau répétées, dans une lettre signée du patriarche Michel et de Léon d'Achrida, archevêque des Bulgares (2), et dans un violent réquisitoire du moine Nicétas (3) qui, comprenant mal la loi du célibat ecclésiastique, prétend que les Romains ont l'abominable coutume de ne pas ordonner les hommes mariés afin d'obliger les prêtres à contracter mariage après leur ordination. Michel va plus loin encore : en 1053, il fait fermer les églises latines de Constantinople, expulse les moines latins qui refusent d'adopter le rite grec, et tout cela avec la plus violente brutalité : on va jusqu'à fouler aux pieds les hosties consacrées, sous prétexte qu'étant de pain azyme, elles ne sont pas consacrées validement. Le pape Léon IX proteste comme de raison (4) ; l'empereur Constantin IX Monomaque écrit lui-même au pape et fait écrire par Cérulaire une lettre de réconciliation, exprimant le souhait « qu'après de funestes et trop longues discordes la fille soit heureusement réconciliée avec la mère. »

Léon IX envoie une réponse reconnaissante pour l'empe

(1) Jaffé, n. 3587, etc.

(2) P. L., t. cxliii, col. 929-932.

(3) Ibid., col. 973-983.

(V, Jafle, n. 4302.

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