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XIV. LES DIVERS SCHISMES D ORIENT

reur, et pour le patriarche une lettre énergique, mais pleine de tendresse et d'appels à une filiale et chrétienne soumission (1); il fait porter ces lettres par deux légats. Michel Cérulaire refuse de recevoir les légats et jette l'interdit sur les églises où ils disent leur messe. Les légats sont obligés d'agir : le 10 juillet 1054, ils déposent sur l'autel majeur de Sainte-Sophie, au nom du pape, une sentence d'excommunication contre le patriarche obstiné. Les derniers liens étaient rompus et ne devaient pas se renouer. C'était grave, mais le pape n'avait pu agir autrement. « Contre sa volonté, dit un historien protestant (2), Léon IX est forcé d'exécuter le jugement que les siècles qui précèdent ont prononcé. »

Quant à dire que les lettres de Léon IX sont « remplies d'invectives, faites pour exaspérer les esprits (3) », c'est la plus étrange calomnie que l'on puisse élever contre ce pape. Elle vaut les accusations d'intolérance lancées contre Rome, qui pourtant respectait leurs usages, par ceux qui condamnaient si sévèrement les usages romains.

11. Un demi-siècle après l'excommunication de Michel Cérulaire, l'ère des croisades était commencée. Nous n'avons à faire ici ni le procès ni l'apologie des croisades. Tout le monde sait que ce mouvement, à l'origine, répondit à un élan de foi dans l'âme des peuples chrétiens ; que les papes, qui l'avaient inspiré, continuèrent à l'entretenir dans une intention par-dessus tout religieuse et morale, c'est-à-dire pour arracher au joug des musulmans le Saint-Sépulcre et les fidèles de Terre-Sainte, en même temps que pour grouper dans une entreprise honorable et utile ces ardeurs guerrières que les princes chrétiens tournaient trop souvent les uns contre les autres ; mais il n'est pas moins évident que ce mouvement dévia plus d'une fois, que l'ambition des chefs occidentaux y suscita les plus désastreuses rivalités, que beaucoup d'entre eux, chez qui la cupidité remplaça le zèle, eurent à cœur de se

(1) Jaffé, 4332, 4333.

(2) G. Krùger, Das Papsttum, seine Idée und ihre T rager, p. 41. Cette phrase est citée par Mgr Batiffol, dans un article intitulera Papauté vue d' Allemagne {Le Correspondant du 25 juin 1910, p. 1054).

(3) Pensées sur la question de l'union des Églises, p. 29.

tailler des fiefs au détriment des possesseurs indigènes bien plus que de délivrer le tombeau du Christ. La politique des empereurs d'Allemagne, d'un Barberousse, d'un Henri VI, d'un Frédéric II, fut loin de concorder avec la pensée qui, d'Urbain II à Grégoire X, anima tous les papes.

Tout cela n'était pas fait pour augmenter la confiance des Grecs à l'égard des Occidentaux, ni pour diminuer leurs griefs. D'autre part, les Latins avaient fort à se plaindre de certains procédés orientaux. Au ixe siècle, au xe encore, les chrétiens de Syrie et les pèlerins de Terre-Sainte avaient rencontré assez de tolérance chez les Sarrasins maîtres du pays. « Ils sont justes, disait d'eux, en 869, le patriarche de Jérusalem, et ne nous font tort ni violence en aucune manière (1). » Par contre, à partir du schisme de Cérulaire, les pèlerins catholiques ont constamment à se plaindre des exactions ou mauvais traitements dont ils sont victimes dans l'empire byzantin : le pape Victor II est obligé d'écrire à l'impératrice ^Théodora, en 1055 ou 1056, pour lui dénoncer ces tracasseries (2). Au siècle suivant, après la mort de l'empereur Manuel Gomnène, qui voulait se rapprocher de Rome, il y eut à Constantinople un massacre de Latins (1182). En 1189, le patriarche promettait des indulgences à quiconque tuerait ces « chiens » de Latins.

Malgré ces animosités croissantes, les papes s'efforcent d'empêcher la lutte à main armée entre les princes occidentaux et l'empire byzantin. Célestin III, en 1196. se met en rapport avec Alexis III pour empêcher la marche de l'empereur Henri VI contre Constantinople. Quand Philippe de Souabe et son cousin Boniface de Montferrat ont repris le projet d'Henri VI, le pape Innocent III dévoile ce plan à Alexis, par une lettre du 16 novembre 1202 (3). Si, à ce même moment, les Vénitiens font dévier vers Zara, ville chrétienne, les forces réunies pour la quatrième croisade, Innocent III les excommunie ; et c'est

(1) Lettre de Théodose, patriarche de Jérusalem, à Ignace, patriarche de Constantinople (Mansi, t. xvr, col. 25).

(2) P. L., t. cxlix, col. 961-962.

(3) Innoc. Epist., v, 122 (P. L., t. ccxiv, col. 1123-1125).

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