XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT
mourut deux ans après (11 décembre 1282). Andronic II, son fils, était âprement schismatique : le patriarche Jean Veccos, qui avait souscrit au concile de Lyon, dut se retirer, et l'union fut encore rompue.
Aux siècles suivants, un péril nouveau menaçait l'État byzantin : les Turcs Ottomans avaient fait leur apparition en Asie-Mineure et même en Europe ; morceau par morceau, ils dépeçaient l'Empire. Devant l'imminence du danger, les empereurs songent de nouveau à s'assurer, par le retour à l'unité chrétienne, l'appui des Occidentaux. L'Occident était alors, par malheur, étrangement troublé : la guerre de cent ans, le grand schisme, les Hussites, les conciles de Constance et de Bâle l'occupaient plus que les affaires des Grecs. Après quelques négociations sans résultat entre Manuel II et Martin V, c'est seulement sous le pape Eugène IV et l'empereur Jean VIII Paléologue qu'une entente sérieuse put être conclue. L'empereur vint lui-même au concile que présida le pape, et qui fut le concile de Florence, XVIe œcuménique. L'empereur avait avec lui Joseph, patriarche de Gonstantinople, les représentants des patriarches melkites, et plusieurs métropolitains : Bessarion de Nicée, Marcos Eugenikos d'Éphèse, Isidore de Kiev sont les plus connus. Après de longues discussions théologiques, qui durèrent plus d'une année, on finit par s'accorder. Sauf Marc d'Éphèse, tous les Grecs présents signèrent l'acte d'union lu solennellement, en latin et en grec, devant le pape célébrant la messe, le 6 juillet 1439. Les autres Églises orientales, à l'exemple des Grecs, ne tardèrent pas à adhérer, par leurs représentants, à l'union de Florence : il semblait que les schismes étaient à jamais éteints.
Héfas ! le peuple byzantin, excité par ses moines, lit un mauvais accueil aux Pères du concile et ne ratifia pas leurs engagements. Marc d'Éphèse fut salué comme un héros ; les deux successeurs consécutifs du patriarche Joseph, Métrophane et Grégoire Mélissène, se virent anathématisés par des conciliabules schismatiques. C'est seulement le 12 décembre 1452 que le successeur de Jean VIII, l'empereur Constantin XII, put faire à Constantinople la proclamation officielle de l'union, en présence
d'Isidore de Kiev, devenu cardinal et légat du Pape- Même alors, les fanatiques s'obstinaient plus que jamais dans le schisme : le moine Georges Scolarios avait remplacé Marc d'Éphèse à la tête de ces irréductibles et Ton disait tout haut, autour de lui, qu'il valait mieux voir le turban à Constantinople que la tiare pontificale (1).
Cinq mois après, le 29 mai 1453, le sultan Mahomet II forçait les murailles de Constantinople, que défendait bravement une trop petite armée. Constantin XII mourait en héros, dans la communion de l'Église universelle ; et le moine Scolarios devenait sous le nom de Gennadios, par la grâce du chef de l'islam, patriarche de l'Église asservie.
13. N'était-elle pas asservie depuis bien longtemps, cette pauvre Église grecque ? Le joug musulman n'était-il pas pour elle la punition de cette servitude volontaire par laquelle, dans ses luttes pour la préséance et la suprématie, elle avait si souvent payé la complicité du pouvoir civil ?
Sa situation, à prendre les choses par l'extérieur, devenait en effet bien différente. Du rang privilégié d'Église nationale et officielle, elle descendait à celui d'une organisation religieuse, tolérée sans doute, mais rigoureusement surveillée par le nouveau pouvoir : elle ne représentait plus que le peuple vaincu. Avec ses honneurs et ses privilèges, elle perdait en même temps ce qui lui assurait un si grand prestige dans la nation, son rôle de dépositaire et de dispensatrice de l'autorité divine que l'on vénérait dans le souverain. Si le Basileus intervenait si facilement dans les matières religieuses, c'est qu'il était marqué lui-même d'un caractère sacré : l'Église seule pouvait lui donner ce caractère. C'est elle qui le consacrait, c'est elle qui le bénissait dans chaque circonstance importante. Il ne pouvait, sans l'intervention du patriarche, prendre la couronne ou la chlamyde du sacre, cette chlamydeque. disait- on, un ange avait apportée à Constantin. On racontait que Léon IV, s'étant un jour permis de poser luimême sur sa tête le diadème sacré, avait été puni de son
(1) Ducas, 37 (P. G., t. clvii, col. 1072).