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XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT

sacrilège par un horrible anthrax qui lui était venu au front et l'avait fait périr en quelques jours (1). C'est fini maintenant : les sultans n'ont rien à recevoir de l'Église.

Elle ne fut pas la dernière pourtant à s'accommoder du nouveau régime. Malgré la disparition de ce qui justifiait son union intime avec le pouvoir civil, elle s'appuya sur le sultan comme elle s'était appuyée sur le Basileus. Les sultans purent lui donner ses patriarches et les déposer ; elle se laissa faire, pourvu qu'en échange les sultans l'aidassent à conserver sa domination, à l'étendre même sur ceux qui ne la reconnaissaient pas. Comme elle représentait la nation grecque, elle devint plus nationaliste encore que par le passé. Confondant la cause de l'hellénisme et de la langue grecque avec celle de la religion, elle s'appliqua à supprimer non pas les dissidences doctrinales, mais toutes les manifestations non grecques de l'orthodoxie. Elle fit contre les sujets du sultan ce qu'elle avait, si longtemps et si injustement, reproché à Rome de vouloir faire à l'égard des chrétiens orientaux : elle voulut les plier tous à sa langue, à ses rites, à ses usages. Il ne tint pas à elle qu'il n'y eût plus ni église bulgare, ni église serbe, ni église roumaine; les Bulgares surtout savent à quoi s'en tenir à ce sujet. Elle n'accepte pas encore de bon gré que les patriarches « orthodoxes » d'Antioche, de Jérusalem ou d'Alexandrie ne soient pas de langue grecque. A plus forte raison, n'a t-elle rien laissé tomber de sa haine contre les catholiques.

Nous verrons plus loin ce que sont devenus les orthodoxes en dehors de l'Empire ottoman. Mais l'attitude de l'Église byzantine dans l'intérieur de l'empire montre bien qu'au fond, après comme avant la conquête musulmane, les préoccupations nationalistes ont toujours eu chez elle la première place. Sous les empereurs chrétiens, elle avait cherché à assurer son autonomie et ses privilèges plus qu'à étendre le règne de Jésus-Christ ; elle s'étudiait à profiter pour elle-même de l'organisation impériale

(1) Théophane, Chronographia, a. 6292 (P. G., t. cvm, col. 916) Constantin Porphyrogénète, De administrando imperîo, xm (P. G. t. cxiii, col. 181). — Cf. Lapôtre, Le pape Jean VIII, p. 82.

plutôt qu'à faire triompher dans l'empire la justice chrétienne ; en un mot, elle s'était faite complice d'un césarisme tout païen : elle a été condamnée à continuer. Aussi, pour sévère qu'il soit, ne peut-on trouver injuste ce jugement porté par un fils même de l'Église orthodoxe, par le Russe Soleviev : « Cette contradiction profonde entre l'orthodoxie professée et l'hérésie pratiquée, écrit-il, était un principe de mort pour l'empire byzantin. C'est là la vraie cause de sa ruine. Il était juste qu'il pérît et il était encore juste qu'il pérît par l'islam. L'islam, c'est le byzantinisme conséquent et sincère, délivré de toute contradiction intérieure . . . Les Byzantins ont cru qu'il suffisait, pour être vraiment chrétien, de garderies dogmes et les rites sacrés de l'orthodoxie sans se soucier de christianiser la vie morale et politique : ils ont cru licite et louable de renfermer le christianisme dans le temple et d'abandonner la place publique aux principes païens. Ils n'ont pas eu à se plaindre de leur destinée. Ils ont eu ce qu'il voulaient : le dogme et le rite leur sont restés, et ce n'est que la puissance sociale et politique qui est tombée dans les mains des musulmans, ces héritiers légitimes du paganisme (1).»

Autres schismes orientaux

14. Moins importants que le schisme grec par le nombre de leurs adhérents et l'étendue des territoires qu'ils ont envahis, les autres schismes d'Orient doivent néanmoins arrêter quelque peu notre attention. Ils servent à mieux comprendre le schisme grec, parce qu'ils en dérivent, malgré les apparences ; c'est contre l'Église byzantine, en effet, que ces schismes ont été constitués, mais* ils n'ont été qu'une application logique des principes sur lesquels s'appuyait l'Eglise byzantine ; ils ont atteint de bonne heure leur état définitif, bien avant l'époque de Cérulaire et même de Photius, mais cette évolution plus

(1) Vladimir Soloviev, Li RasueetV Église u*iiçgrselle,\).XL

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