XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT
sous le catholicos Nersès II Aschdaraguetsi, un concile tenu à Tovin rejeta formellement les décrets du concile de Chalcédoine, et les Arméniens adhérèrent au schisme de Jacques Baradaï (cf. § 17).
Par suite des vicissitudes politiques et particulièrement, à partir du xe siècle, pour échapper aux envahisseurs, Turcs ou Tartares, les catholicos durent souvent changer de résidence. Une colonie importante d'Arméniens, émigrés en Cilicie, fit bon accueil aux Croisés et, sous la dynastie de Lusignan, le royaume de Petite- Arménie rentra dans l'unité catholique.
L'union ne survécut pas à la domination des Lusignan. Celle qui fut proclamée à Florence (cf. § 12) n'eut pas plus de suite. Il faudra attendre jusqu'au xvme siècle pour avoir une petite communauté arménienne définitivement catholique (cf. § 25). Entre temps, divers schismes se produisirent au sein même de l'Église arménienne ; la réconciliation se fit, moyennant quelques compromis, et on y reconnaît aujourd'hui, outre le catholicos suprême résidant à Etchmiadzin (en Arménie russe), le catholicos de Cilicie, résidant à Sis, le catholicos des Ardzrounis, résidant à Aghtamar, un patriarche à Jérusalem et un patriarche à Constantinople.
16. Dans la Perse proprement dite, il y avait encore peu de chrétiens au ve siècle. Mais les populations araméennes qui occupaient les vallées de l'Euphrate et du Tigre, qu'elles appartinssent politiquement à l'empire romain ou à celui des Sassanides, étaient, entrés grande partie, devenues chrétiennes. D'Ëdesse, qui était à l'intérieur de l'empire romain, l'Évangile avait rayonné sur l'Assyrie, la Chaldée, la Susiane ; une grande Église s'était constituée, de langue syro-chaldéenne, et avait été divisée, comme celle de l'empire, en provinces ecclésiastiques, groupées autour des métropoles. Le siège principal était celui de la ville royale, Séleucie-Ctésiphon, dont le titulaire, appelé catholicos, était consacré par le patriarche d'Antioche.
Après une violente persécution sous le roi Sapor II, au milieu du ivc siècle, et une autre plus courte, mais non moins terrible, sous Bahrâm V, de 420 à 422, l'Église
chrétienne de Perse fit de nombreuses conquêtes et fonda jusque dans l'Inde et la Chine des missions destinées à un assez long avenir. Malheureusement, à mesure qu'elle consolidait sa situation locale, l'Église persane s'organisait indépendamment de l'Église gréco-romaine. Jalouse de son autonomie, elle se séparait de fait, en attendant l'occasion d'une rupture officielle.
C'est sous le nom de nestorianisme que se présenta cette occasion. Dans la célèbre école d'Ëdesse, où venait s'instruire l'élite du clergé persan, on tenait en grande vénération non pas précisément le nestorianisme condamné à Éphèse, mais la mémoire de certains amis de Nestorius, de son maître Théodore de Mopsueste, de Théodoret de Cyr, d'Ibas, qui fut évêque d'Édesse. Au moment où Zenon s'empara du trône byzantin, cette école de théologie avait pour maître Thomas Barsumas, et un certain Cyrus était évêque de la ville. Quand parut YHénotique (482), l'école protesta et devint un foyer d'opposition : sur le désir de l'empereur, l'évêque Cyrus fit détruire l'école et disperser les maîtres (489). Naturellement, ceux-ci passèrent la frontière et se réfugièrent en Perse, où ils furent accueillis avec empressement. Le catholicos Acace était des leurs : déjà, en 486, il avait fait adopter dans un concile une profession de foi nettement contraire au monophysisme plus ou moins dissimulé de YHénotique. Barsumas, de son côté, était devenu métropolitain de Nisibe. Ces deux évêques, et à leur suite toute l'Église persane, se séparèrent définitivement de l'Église grecque qui leur paraissait, au travers de YHénotique, entachée de monophysisme.
Contre l'empire romain, les rois de Perse favorisèrent naturellement cette Église devenue schismatique. Elle disparut plus tard aux yeux des Occidentaux sous la conquête musulmane et, pendant de long siècles, il n'y eut plus aucun rapport avec elle. C'est seulement à l'époque des invasions mongoles, au xme siècle, que l'on apprit avec étonnement la survivance de ces tribus chrétiennes dans les régions d'Extrême-Orient. Les ambassadeurs des papes ou des princes d'Europe trouvèrent do nombreux nestoriens parmi les soldats du Grand-Khan. Les missionnaires dominicains, dès 1233, entrèrent en