‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 18 sur 306 · XI. LA RELIGION D'iSRAEL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION D'iSRAEL

48. Ce développement est en corrélation étroite avec les diverses phases de la vie sociale et politique du peuple de Dieu.

Pendant les premiers temps de l'occupation, le danger de l'influence d'une culture plus élevée qui menace Israël est particulièrement redoutable en matière de religion ; le caractère même de cette période de transition entre la vie nomade et la vie sédentaire ne peut que faciliter les compromis. Ils ne devaient pas seulement aboutir à l'introduction de certaines coutumes cananéennes dans la religion de Yahweh. Pour les Sémites, c'était surtout avec le sol que les dieux d'un pays déterminé avaient des attaches ; aussi devaient-ils être honorés non seulement par les habitants ordinaires de la région, mais encore par tous ceux qui venaient à y passer ou à y fixer leur séjour (I Sam., xxvi, 19, 20). Les Assyriens que Sargon établit dans le royaume du Nord, après la prise de Samarie, s'en souvinrent, et associèrent le culte de Yahweh, sur la terre duquel ils venaient résider, à celui de leurs divinités nationales (II Reg., xvn, 24-33). Il y avait à craindre qu'en se fixant en Canaan, Israël cédât à de pareils préjugés. On sait ce qui arriva. Un des documents les plus anciens du livre des Juges déclare que les nouveaux venus abandonnèrent Yahweh pour servir Baal et Astarté (Jud., ii, 13) ; le rédacteur deutéronomiste nous les montre entraînés au culte, non seulement des dieux cananéens (Jud., ii, 12; m, 7 ; vi, 10), mais encore des idoles des peuples voisins, Ammonites et Philistins, Araméens et Moabites (Jud., x, 6). Que de telles apostasies vinssent à se renouveler fréquemment ou à se prolonger pendant longtemps, et Yahweh allait être bien vite ravalé au rang des dieux locaux. Les interventions des Juges furent aussi précieuses dans le domaine religieux que dans le domaine politique. En ranimant dans les tribus le sentiment de l'unité nationale, ils ne pouvaient manquer de ranimer celui de l'unité religieuse (Jud., v, 2-5, 9-11, 13-15, 20, 23, 31 ; vu, 18, 20) : les mêmes événements du Sinaï n'avaient-ils pas été le principe de l'une comme de l'autre ? C'est au nom de Yahweh que se levaient tous les défenseurs de l'indépendance, en son nom qu'ils combattaient,

à lui qu'ils faisaient l'honneur de la victoire. Et ainsi les liens très spéciaux qui unissaient Yahweh à Israël échappaient à un complet oubli.

49. L'institution de la royauté devait être, à cet égard encore, particulièrement féconde.

Grâce à l'intervention de Samuel lors du sacre de Saiïl (I Sam., ix, 14-x, t), il apparut clairement que le nouveau régime était l'œuvre de Yahweh lui-même. La mission du même prophète (I Sam., xvi, 1-13) et celle de Nathan (II Sam., vu) auprès de David consacrèrent, comme une élection divine, le choix de la dynastie qui devait à jamais gouverner le peuple choisi. D'autre part, l'onction conférait au roi le caractère d'un véritable lieutenant de Yahweh, tout pénétré de son esprit (I Sam.. x, 9, 10 ; xi, 6 ; xvi, 13) et traité par lui comme un fils (II Sam., vu, 14). Aussi bien, les premiers rois de la dynastie davidique eurent-ils à cœur de se comporter en représentants de leur Dieu ; le transport de l'arche dans la capitale que David s'était conquise (IISam.,vi), l'érection du Temple magnifique que Salomon éleva à côté de son palais (I Reg., v-vm), l'organisation d'une liturgie somptueuse, capable de faire oublier celle des Cananéens, assurèrent définitivement le triomphe de Yahweh : il devenait à son tour et par voie de conquête le maître de l'ancien pays de Baal. La révélation fondamentale de l'Horeb avait ainsi sa place définitive à la base de toute la la religion d'Israël.

50. Ce n'est pas à dire que David et Salomon aient ramené le culte de Yahweh à sa pureté; à partir de cette date, le développement religieux va revêtir un caractère très particulier. Longtemps encore, Israël demeurera fidèle à beaucoup d'idées appartenant au vieux fonds sémitique que ses ancêtres lui ont légué. Cependant l'on verra se faire jour et gagner du terrain d'autres idées qui ont leur point de départ dans la révélation du Sinaï, se développer certains des rites et autres usages que consacrent les codes de la Loi ; mais souvent ces idées et ces pratiques auront grand'peine à se dégager des influences qu'exerceront sur elles des idées et des pratiques analogues, en vigueur dans le milieu cananéen.

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