‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 19 sur 306 · XI. LA RELIGION D'iSRAEL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION D'iSRAEL

A cet égard d'ailleurs le schisme ne sera pas sans influence. Certes le royaume de Juda sera loin de suivre la direction que les premiers rois auront imprimée au peuple de Dieu ; mais le mal n'y sera ni si profond ni si incurable que dans le royaume d'Israël, soustrait de propos délibéré à l'influence de Jérusalem (I Reg., xn, 26-33).

51. Et avant tout, quelle idée se fait-on de Yahweh ? Une pensée domine toutes les autres. Les Israélites sont convaincus que leur Dieu intervient perpétuellement dans leur histoire. On lui attribue la sortie d'Egypte, laprise de possession de Canaan (1), mais aussi les délivrances du temps des Juges (Jud., m, 10, 28 ; iv, 15 ; vi, vu, 15, 22, etc.) et, pour des époques plus récentes, l'institution de la royauté (I Sam., vin, 9, 22) et le choix de la famille davidique (I Sam., xvi, 1-13 ; II Sam., vu, 11-16) ; bien plus, on n'ignore pas que le schisme lui-même est son œuvre (IReg., xi, 31-39). Dans l'ordre religieux, on sait qu'il a fixé la date de la construction du Temple (II Sam., vu, 13 ; IReg., v, 5), après avoir choisi le lieu de son séjour (I Reg., vi, 12, 13) et marqué la place de son autel (II Sam., xxiv, 18-25). Mais ce n'est pas assez que Yahweh intervienne en ces circonstances solennelles ; son action est de tous les instants. On la signale surtout en temps de guerre : l'armée d'Israël n'est-elle pas l'armée de Dieu (I Sam., xvn, 36)? N'est-ce pas de lui que l'on attend le salut? Ne sait-on pas qu'il peut le procurer avec un petit nombre de soldats comme avec un grand nombre (Jud., vu, 2-7), et rendre le jeune David vainqueur du géant redoutable (I Sam., xvn, 41-51)? Aussi fait-on remonter vers lui l'honneur de la victoire (Jud., m, 10, 28; iv, 6, 9, 14, 15; etc.) et les tristesses de l'échec (I Sam., iv, 10, 11 ; cf. n, 34). Mais on n'oublie pas non plus, au temps de la paix, qu'on lui en est redevable, ainsi que du repos et de la gloire (I Reg., v, 4; x, 23-29).

Que si la vie du peuple est à ce point dépendante de Yahweh, rien de surprenant à ce qu'on le consulte et qu'on le prie. En arrivant en Canaan, les tribus lui

(1) Le livre de Josué, avec les nombreux miracles qu'il raconte, est rempli de cette idée.

demandent où chacune doit s'installer (Jud., i, 1-3) ; David (I Sam., xxm, 9-12 ; xxx, 7, 8 ; II Sam., n, 1, 2; v, 19, etc.) et Josaphat (II Reg., xxn, 5-28) l'interrogent avant leurs entreprises. Aux heures critiques de la période des Juges, le peuple fait monter vers lui des cris suppliants (Jud., ni, 9, 15 ; vi, 6, 7 ; x, 10, etc.) ; plus tard, Samuel intercède près de lui en faveur de la nation (I Sam., vu, 5, 9; vin, 6) ; David s'en remet à lui du succès de ses guerres (I Sam., xxiv, 13-16, 22; xxvi, 9-11). Israël sait encore, pour lui rendre grâces, trouver des accents aussi lyriques que ceux du cantique de Déborah (Jud.,v).

On serait tenté de n'avoir que des admirations pour une conception aussi précise de l'action de Yahweh dans la vie de son peuple. Il arrivera pourtant qu'au vme siècle les prophètes reprocheront à Israël de méconnaître le véritable caractère de Dieu. Cela peut tenir à ce que l'on avait, à cette époque précise, perdu le sens de ces interventions providentielles. Mais cela tient plus vraisemblablement à ce qu'on les considérait sous un jour trop imparfait. Israël est porté à faire de soi-même le centre trop exclusif des attentions divines, à croire que seul, parmi les nations, il attire les regards de son Dieu, et que Yahweh ne peut que travailler au mieux de ses intérêts. N'est-ce pas ainsi que pense chacun des peuples voisins à propos de ses dieux ? Aussi Amos se préoccupera-t-il avant tout de rappeler à Israël que son Dieu est aussi le Dieu des étrangers qui se meuvent dans son horizon (Am., i, 3ii, 3) et qu'à certains égards, la nation choisie ne compte pas plus, aux yeux de Yahweh, que les Philistins ou les Araméens (Am., ix, 7).

52. C'est surtout dans l'action de Dieu auprès des siens que se manifestent ses attributs. Sa toute-puissance d'abord : Yahweh est un souverain : on l'appelle mélék (1), roi. On n'hésite même pas à lui donner le titre de baal (2), maître,

(1) Cf. les noms théophores Malki'èl, Gen., xlvi,17; Malkiyah, Jer., xxi, 1, xxxviii, 6; etc. ; Élimélék, Ruth, i, 2.

(2) Cf. les noms théophores 'Isba'al, I Chron., vin, 33 (il s'agit d'un fils de Saiïl ; son nom fut ensuite changé en 'Isbosét = homme de la honte) ; Mérîbba'al, fils de Jonathan (devenu Miphiboset), I Chron., vin, 34.

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