‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 180 sur 306 · XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT · texte numérisé non relu

XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT

l'année même où Justinien, croyant par là faciliter le triomphe de l'orthodoxie, essayait de donner quelque satisfaction aux monophysites en faisant condamner, sous le nom de Trois Chapitres, les écrits de Théodose, de Théodoret et d'Ibas. C'était bien de cela qu'il s'agissait ! Les Syriens, au fond, tenaient surtout à une Église autonome et de langue syriaque.

Cette Église, au siècle suivant, perdit beaucoup de ses fidèles qui, sous le glaive des Arabes, embrassèrent l'Islam. Mais la hiérarchie se perpétua. A plusieurs reprises, il y eut avec l'Église catholique des réunions partielles et éphémères. En 1444, au nom du patriarche syrien Ignace, l'archevêque d'Édesse Abdallah souscrivit formellement au concile de Florence ; mais cette réconciliation n'eut pas encore de suite : il n'y a une hiérarchie syrienne catholique que depuis 1783 (cf. § 25).

Le patriarche actuel des jacobites réside près de Mardin.

18. Le schisme monophysite eut en Egypte le même point de départ qu'en Syrie. Un certain nombre d'évêques égyptiens, présents au concile de Chalcédoine, refusèrent de condamner leur patriarche Dioscore et de souscrire à la lettre dogmatique du pape saint Léon. L'armée des moines marcha derrière eux au combat. Alexandrie ne pouvait recevoir l'orthodoxie de Constantinople, sa triomphante rivale; l'Égyptien avait assez porté le joug du Grec. Aussi les pasteurs réguliers nommés, après le concile de Chalcédoine, sous la protection des agents impériaux, Protérius, puis Timothée Salofaciol, ne purentils occuper en paix leur siège patriarcal. Des émeutes de moines les chassèrent et élevèrent à leur place Timothée Élure, qui fut exilé, puis rétabli une seconde fois ; ensuite Pierre Monge, Ces luttes acharnées, souvent sanglantes, durèrent encore pendant un demi-siècle, le patriarche en possession étant tantôt orthodoxe et tantôt anti-chalcédonien. Théodose Ier, élu patriarche en 535, était monophysite. Justinien le fit arrêter en 539 et interner à Constantinople ; sur l'ordre du prince, le patriarche Mennas consacra et expédia en Egypte, pour remplacer Théodose, un certain Paul deTinnis, que Ton reçut aux cris de : « Voilà le nouveau Judas ! voilà Judas le traître ! »

Hist. Rel. - il — 23

Apollinaire succéda à Paul de Tinnis, comme patriarche officiel ou melkite, au milieu des mêmes difficultés. Mais quand Théodose, le patriarche emprisonné à Constantinople, fut mort en 567, à sa place on élut secrètement, avec la complicité toutefois du préfet d'Alexandrie, un prêtre du monastère d'Az-Zajaj, qui prit le nom de Pierre IV ; depuis lors, la série des patriarches monophysites fut ininterrompue (1). Pierre IV et ses premiers successeurs, Damien, Anastase, Andronicus, n'avaient pas le droit légal d'entrer dans la ville ; mais quand les Arabes étendirent leur domination sur l'Egypte, ils ne manquèrent pas de favoriser les indigènes monophysites, comme en Perse ils favorisaient les nestoriens : en 638, contre le patriarche melkite Cyrus, ils reconnurent Benjamin Ier qui avait succédé à Andronicus. En Egypte d'ailleurs, comme en Syrie, les apostasies furent nombreuses.

Naturellement, les fidèles de l'église séparée employèrent et conservèrent le copte, leur langue nationale : d'où le nom qui leur fut donné. L'Église grecque en Egypte ne fut plus qu'une façade, et ne réunit plus guère que quelques étrangers, fonctionnaires ou marchands : nous avons vu plus haut (§ 5) qu'elle manqua même de patriarche pendant un siècle.

L'Abyssinie, qui avait reçu d'Egypte son organisation religieuse, suivit les destinées de l'Église copte ; son chef suprême, Yabouna, est toujours sacré et envoyé par le patriarche copte d'Alexandrie, qui réside au Caire.

19. Les tendances nationalistes qui ont provoqué l'éclosion des schismes nous expliquent la conservation, jusqu'aujourd'hui, et la répartition actuelle des divers rites orientaux. A l'origine, on ne fit pas exprès d'inventer des rites différents. A mesure qu'une église se fondait, l'apôtre de cette église apportait les rites qu'il connaissait et, naturellement, la liturgie se célébrait dans la langue du pays. Mais ces rites se développaient, et non partout de la même manière ; souvent aussi les influences politiques

(1) Cf. History of the Patriarchs of the Coptic Church of Alexandrie trad. de l'arabe par B. Ewetts, dans la Patr. orient., t. i, p. 102- 214, 383-518 ; t. v, p. 1-215.

Page 1