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XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT

tous catholiques depuis l'époque des croisades : c'est le monothélisme qui, au vne siècle, en avait fait une famille religieuse distincte.

D'après ce qui précède, on voit qu'il n'est pas tout à fait exact de dire que la diversité des rites ait une origine schismatique : ce qui est dû aux schismes, c'est l'enchevêtrement de tous ces rites dans le même lieu. Sans les schismes, chaque liturgie aurait son territoire propre, naturellement déterminé : mais il n'y aurait qu'un patriarche d'Antioche, comme il n'y a qu'un évêque de Rome.

Conséquences : état actuel des Églises séparées.

20. A prendre les choses par l'extérieur, il est d'abord visible que les schismes ont grandement contribué à l'affaiblissement numérique des chrétientés orientales. Tandis que les Grecs, unis encore à l'Église universelle, résistaient assez énergiquement à la propagation de l'Islam, les monophysites de Syrie et d'Egypte, alliés aux Arabes contre l'empire byzantin, passèrent en grand nombre au mahométisme. L'Église jacobite et l'Église copte se virent ainsi considérablement réduites. Actuellement, on compte tout au plus cent mille jacobites en Syrie ; les coptes schismatiques, devant les neuf millions de musulmans qui habitent l'Egypte, ne réunissent que six cent mille fidèles. Leurs frères abyssins sont au nombre d'un million et demi.

Si vivace et si féconde pendant quelques siècles, l'Église nestorienne s'est depuis longtemps repliée sur elle-même et n'est pas plus nombreuse que l'Église jacobite. D'après V. Guinet (1), elle compterait quatre-vingt-dix mille fidèles dans l'empire ottoman et dix mille dans la Perse.

Il y a encore, en Turquie, d'un million et demi à deux millions d'Arméniens grégoriens, autant en Russie ; quarante mille environ en d'autres pays, Egypte, Grèce, Crète, Bulgarie, Roumanie, etc. Ils sont répartis en une

(1) La Turquie d'Asie, p. 650.

cinquantaine de diocèses, après avoir compté autrefois jusqu'à cinq cents évêques.

Les orthodoxes sont évidemment les plus nombreux, à cause des pays slaves restés ou redevenus indépendants et qui, avant la consommation du schisme, avaient été convertis au christianisme par des missionnaires byzantins. Ils ne sont pas plus de quatre millions, Grecs ou Bulgares, dans l'empire ottoman ; mais ils atteignent, dans l'empire de Russie, le chiffre de quatre-vingt-dix millions (1) ; en y ajoutant les orthodoxes de Grèce, de Bulgarie, de Roumanie, de Serbie, etc., on arrive à un total de cent douze millions (2).

Malheureusement, ces cent douze millions de chrétiens « orthodoxes » ne forment pas un tout homogène. Il y a des schismatiques parmi eux, comme les Starovères et autres Raskolniks en Russie. De plus, le principe politique et nationaliste qui a servi aux patriarches de Constantinople pour s'élever, comme nous l'avons vu, d'abord au-dessus des autres patriarches orientaux, puis au titre, qu'ils auraient voulu effectif, de patriarches œcuméniques, ce principe se retourna contre eux : à mesure qu'une région se détacha de l'empire byzantin ou, plus tard, de l'empire ottoman, elle s'empressa de se soustraire à leur juridiction. Elle voulut avoir son patriarche propre, ou l'équivalent d'un patriarche, un synode suprême et indépendant : Imperium sine patriarcha non staret, écrivait le tsar bulgare Johannice au pape Innocent III, en 1203, pour lui demander l'institution d'un patriarche àTirnovo. De gré ou de force, chaque État établit ainsi son autonomie ; et si le lien d'une communion plus ou moins vague, plus ou moins intermittente, rattache entre elles toutes ces Églises nationales ou autocéphales,\e patriarche de Constantinople n'a plus aucune autorité sur elles. Sa juridiction, directe ou indirecte, ne dépasse pas les limites de l'empire ottoman ; dans les patriarcats d'Antioche et de Jérusalem (3), les orthodoxes arabophones ne

(1) Les starovères sont compris dans ce nombre. (2)Cyrille Charon,Z<? XVÇ centenaire de saint Jean Ch?ysostome,pA03. (3) Auxquels il faut ajouter l'église métropolitaine de Chypre et l'archevêché du Mont-Sinaï, placés dans des conditions analogues.

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