XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT
mais elle n'y comprend que des émigrés, grecs ou russes. Seule, la Russie a sérieusement organisé quelques œuvres d'apostolat ; mais les résultats qu'elle a obtenus sont médiocres. Chez les Tartares, chez les nestoriensde Perse, elle a réussi à faire quelques baptêmes, mais elle n'a pas fait de chrétiens et n'a pas tardé à éprouver de grandes déceptions. Ce fut à peu près la même chose en Mongolie (1). En Chine, elle n'est arrivée qu'à un petit nombre de baptêmes (2). En Mandchourie, s'il y a une population « orthodoxe », elle est formée surtout de colons russes. En dehors de l'empire moscovite, c'est seulement au Japon que l'Église russe a pu constituer une communauté « orthodoxe ». Grâce à l'infatigable ardeur d'un véritable apôtre, Nicolas Kasabkin, qui put, dès la première heure (1861), s'associer quelques collaborateurs indigènes, la nouvelle Église comptait déjà, en 1906, autour de son évêque, vingt-huit mille neuf cent vingt fidèles, répartis en deux cent soixante communautés, avec trente prêtres et huit diacres indigènes (3).
Ce résultat est remarquable, et les moyens par lesquels il a été obtenu peuvent servir de leçon à tous les missionnaires. Ce n'est là malheureusement qu'une exception. En général, l'apostolat n'existe pas dans les Églises séparées parce que la vie qu'il devrait propager est elle-même languissante. Les moines pullulent, les apôtres manquent. « Nous avons en Orient, dit Soloviev, une Eglise qui prie, mais où est, chez nous, Y Église qui agit (4) ? »
(1) A. Palmieri, La Chiesa Russa, p. 527 : « I missionari russi sanno Tarte di battezzare, ma ignorano quella di trasformare i cuori pagani in cuori cristiani. »
(2) Ibid., p. 527 : « Non vi è missione che piu di quella délia Cina dimostri l'immensa superiorità dell' apostolato cattolico suU' apostolato ortodosso. »
(3) L. Palmieri, op. cit., p. 523.
(4) V. Soloviev, La Russie et /' Église universelle, p. 5. Et quelle est même la valeur de cette prière, nous l'avons vu dans les paragraphes précédents.
L'avenir de l'Église en Orient.
24. La plupart des Orientaux, obligés par leurs principes à s'en tenir rigoureusement et exclusivement aux décisions des premiers conciles Oecuméniques (les sept premiers pour les orthodoxes, mais les deux premiers seulement pour les nestoriens), reconnaissent que cette stagnation durera aussi longtemps que l'Église chrétienne n'aura pas reconquis sa primitive unité. Les âmes d'élite, comme celle d'un Soloviev, ne peuvent prendre leur parti de cet état de choses et aspirent vivement à la réunion.
Jusqu'au siècle dernier, un grand obstacle s'opposait à ce retour des Orientaux : le monstrueux amas de leurs préjugés contre l'Église romaine, qu'ils identifiaient toujours avec l'Église latine. Or, ils avaient pour le latinisme, c'est-à-dire pour la discipline, les usages et les rites occidentaux, une horreur absurde dont la première conséquence a été une intolérance complète. Tandis que les papes, à Rome même, accueillaient de nombreux Grecs et autorisaient volontiers leur culte dans le rite byzantin, «'est à peine si, à Constantinople, on admettait la célébration du rite romain dans la chapelle de l'apocrisiaire pontifical et dans quelques sanctuaires privés. Nous avons vu quelle avait été, à cet égard, la conduite de Michel Cérulaire (§ 10). La domination des croisés à Constantinople accrut naturellement cette hostilité, que l'ignorance se chargea, pendant de longs siècles, d'entretenir et d'envenimer.
Aujourd'hui, les choses ont un peu changé. Avant le milieu du dernier siècle, on connaissait déjà en Orient les fransciscains, fidèles gardiens des sanctuaires de Terre-Sainte ; les jésuites avaient fait un bien immense dans le Liban et assuré la persévérance, au sein de l'Église melkite, d'un noyau de vrais catholiques ; les dominicains étaient depuis longtemps dans les pays riverains de