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XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT

l'Euphrate et du Tigre. Mais depuis lors, les religieux catholiques, Français pour la plupart, ont grandement accru le nombre de leurs missions et de leurs œuvres de toute sorte. Nous n'avons pas à raconter ici tout ce qu'ont fait les lazaristes, les assomptionnistes, les salésiens, les Frères des Écoles chrétiennes, et bien d'autres, sans parler des religieuses qui tiennent écoles et dispensairesr qui se dévouent comme l'on sait dans les hôpitaux. Mais on comprend facilement que ce voisinage et cette fréquentation devaient profiter aux Orientaux ; les services rendus, le spectacle d'une vie si vertueuse et d'un zèle si désintéressé, l'assistance aux offices catholiques ont fait tomber bien des préjugés. On estime, on honore, on est bien près d'aimer ces Latins qui tout de même ont du bon : on s'aperçoit qu'ils croient en Dieu et qu'ils servent assez bien Jésus-Christ.

Dans la misère, dans les embarras, dans les dangers, les populations orientales se réfugient auprès d'eux. Tout le monde a encore présent à l'esprit le souvenir des affreux massacres commis à Adana en avril-mai 1909. Qu'on lise le récit que M. Frédéric Masson en a fait dans son discours sur les Prix de vertu, à l'Académie française, le 8 décembre 1910 : on verra le rôle que jouent là-bas des religieux catholiques et les motifs de la confiance qu'ils inspirent aux Orientaux.

A cette présence et à cette action habituelle des religieux il faudrait ajouter le nombre croissant des pèlerinages catholiques, les relations plus fréquentes avec quelques représentants de l'Église occidentale : de toutes ces choses résulte à coup sûr une diminution de l'hostilité séculaire.

C'est là le beau côté, l'avantage de l'intervention permanente des Occidentaux. Elle a aussi, toutefois, quelques inconvénients. Je ne parle pas seulement du scandale que causent ces fonctionnaires officiellement athées, ou ces touristes indifférents qui, conduits par le représentant d'une agence américaine, passent devant le Saint-Sépulcre sans un signe de foi ou de respect. Mais parmi les catholiques zélés qui viennent séjourner en Orient, parmi même, pourquoi ne pas le dire? les missionnaires qui y travaillent d'une manière si méritoire, il en

est qui dédaignent un peu trop les Orientaux, qui semblent découragés de trouver en eux des habitudes mentales et morales qui nous choquent. Ils sont alors portés à ne pas apprécier ce que l'indigène estime tant. On sait que les instructions énergiques de Léon XIII, ordonnant le respect absolu des rites orientaux, n'ont pas été observées par tous avec la même exactitude. On a pu ainsi, pendant qu'on faisait tomber certains préjugés, en développer d'autres. On a montré aux Orientaux que les Latins n'étaient pas si barbares et si monstreux qu'ils le croyaient : c'est bien ; mais on les a entretenus dans cette fausse idée que les Latins ne reconnaissent pas de vrais chrétiens en dehors des latinisants, que latinisme et catholicisme sont des termes équivalents, et qui ne voit combien cela est regrettable ? 25. Ce n'est pourtant pas l'Église romaine qui en est responsable. Les papes ont toujours proclamé la légitimité des rites orientaux et affirmé leur volonté de les respecter et de les faire respecter. Au commencement du viie siècle, saint Grégoire le Grand l'avait déclaré : « In una fide nil officit sanctae Ecclesiae consuetudo diversa (1). »Adrien II et Jean VIII autorisent formellement l'emploi de la liturgie grecque et de la langue slave dans les pays évangélisés par Cyrille et Méthode (2). Innocent III l'affirme de nouveau au quatrième concile de Latran, en 1215 : « Licet Graecos... fovere et honorare velimus, mores ac ritus eorum, in quantum cum Domino possumus, sustinendo . . . (3).)) Après Grégoire X et le concile de Lyon, après Eugène IV et le concile de Florence, après Benoît XIV, après Pie IX (4), Léon XIII renouvelle encore solennellement cette affirmation dans l'encyclique Prœclara gratulationis, le 20 juin 1894. Il fait plus : il autorise, il encourage des prêtres français à embrasser le rite byzantin. Pie X enfin, en répétant les mêmes déclarations, fait une démonstration en acte de son

(1) Gregorii I Registri dans Monumenta Germanise historica i, 41.

(2) Jaffé, 2924 ; M., 331 9; P. L., t. cxxvi, col. 904-906.

(3) Mansi, t. xxn, col. 990.

(4) Encyclique In suprema Pétri du 6 janvier 1848.

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