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XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT

respect pour les rites orientaux : il fait célébrer à Rome, dans la liturgie de saint Jean Chrysostome, le quinzième centenaire de la mort du saint évêque et il prend une part personnelle à cette fonction liturgique (1).

Tous les Orientaux, heureusement, ne furent pas toujours défiants à l'égard des papes. Si les réconciliations solennelles du concile de Florence n'eurent pas de lendemain surtout à cause des circonstances malheureuses et du manque de relations entre Rome et l'Orient qui suivit la prise de Constantinople, elles eurent néanmoins un surlendemain. Dès la fin du xvie siècle, en 1595, une entente se conclut, à Brest en Lithuanie, qui dure encore et, il faut l'espérer, est cette fois bien définitive. Une portion importante de l'Église « orthodoxe », l'Église ruthène, revint à la communion romaine, tout en gardant son rite propre et sa langue traditionnelle (2). Ces uniates ne furent pas les seuls : d'autres Orientaux, à différentes époques, en nombre plus ou moins considérable, suivirent leur exemple; aujourd'hui, il existe dans l'Église catholique des fidèles de toutes les nationalités, venus de toutes les autonomies religieuses et représentant tous les rites. Rome les reconnaît si bien qu'elle a accordé un patriarche à tous les groupes religieux qui, avant leur réconciliation, dépendaient d'une Église ayant à sa tête un patriarche, quelle que fût d'ailleurs, historiquement, l'origine de ce patriarche. C'est ainsi que cent mille Chaldéens, descendant d'anciens nestoriens, se groupent autour du patriarche de Rabylone, résidant à Mossoul ; vingt mille Syriens autour du patriarche syrien-uni d'Antioche, résidant à Mardin ; vingt mille Coptes autour du patriarche copte-uni d'Alexandrie, résidant au Caire; plus de cent mille Arméniens-unis sont sous la juridiction du patriarche de Cilicie, résidant à Constantinople ; cent cinquante mille melkites (de rite byzantin et de langue arabe) obéissent au patriarche

(1) Cyrille Charon, Le XVe centenaire de saint Jean Chrysostome, p. 73.

(2) Cf. dom Guépin, Un apôtre de l'union des Églises au XVI Ie siècle : saint Josaphat, 2e édit. ; Mgr Edouard Likowski, Histoire de l'union de V Église ruthène, traduction française d'un ouvrage publié d'abord en polonais.

melkite d'Antioche (1); enfin la nation des Maronites, entièrement catholique depuis 1182, range ses trois cent mille fidèles sous la houlette d'un patriarche qui a le même titre de patriarche d'Antioche, et réside à Bikorchi.

Les Grecs de langue grecque sont trop peu nombreux encore pour avoir un patriarche ; ils sont provisoirement confiés au délégué apostolique de Constantinople (2) ; les quinze ou vingt mille Bulgares-unis ont à leur tête un vicaire apostolique de leur rite; les cinq millions de catholiques de rite byzantin et de langue slavonne ou roumaine qui habitent l'empire austro-hongrois ou la petite Russie, Rumènes, Ruthènes, Serbes-unis, etc., ont pour chefs les métropolites de Galitz et de Fagaras (3).

On comprend combien l'existence de ces communautés catholiques de rite oriental est de nature à réfuter les accusations sans cesse renouvelées contre les visées envahissantes des Latins, et à rassurer ceux chez qui la latinisation est l'objet d'une si grande horreur. Il est bien vrai aussi que ces communautés catholiques exercent une grande attraction sur les âmes d'élite que fait souffrir la condition séparée de leur Église; il est bien vrai que beaucoup d'Orientaux, d'orthodoxes en particulier, vont aisément à l'église où ils voient leurs rites nationaux observés par des ministres qu'ils ont des raisons d'estimer plus que leurs propres prêtres. Gela est si vrai que, de tous les motifs qui excitèrent en 1895 la colère du patriarche

(1) Successeur régulier et légitime de saint Pierre et de saint Ignace, ce patriarche est aujourd'hui S. B. Cyrille VIII qui, le 12 février 1908, célébra solennellement, à Rome, devant Pie X. Les Orientaux l'appellent patriarche d'Antioche, d'Alexandrie, de Jérusalem et de tout l'Orient. Il réside tantôt à Damas, tantôt au Caire.

(2) Cf. dans la Revue de V Institut catholique de Paris, 1908, p. 345. une étude sur l'essai de reconstitution d'une communauté catholique grecque-hellène. — On lira avec profit, à ce propos, l'article récent que les Missions, février 1911, p. 29, ont consacré à un prêtre du rite grec pur, ardent apôtre de l'union, le P. Maxime Malatakis.

(3) Voir la statistique de tous les fidèles de rite byzantin dans C. Charon, Le XVe centenaire de saint Jean Chrysostome, p. 402. — Voyez aussi F. van den Steen de Jehay, op. cit., p. 227 sq.

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