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XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT

« œcuménique » Anthime VII et lui firent faire à la conciliante encyclique de Léon XIII la singulière réponse que Ton connaît (1), le plus irritant pour lui semble avoir été la présence à Constantinople de prêtres catholiques portant le costume grec : c'est dans leur action sur ses ouailles qu'il semble voir le plus grand péril à redouter pour son troupeau (2).

Il est donc tout naturel que l'Église romaine favorise ces communautés uniates, dont la seule existence montre aux dissidents la voie possible vers l'unité tant désirable. Mais il lui faut aussi souhaiter que ces Églises unies soient entièrement dignes, dans leur clergé et dans leurs fidèles, du rôle qu'elles ont à jouer. C'est pourquoi elle approuve et encourage les religieux catholiques qui, par la direction des séminaires et des prédications de retraites, s'efforcent avec tant de dévouement d'assurer à ces Églises un clergé instruit et édifiant.

C'est avec prudence qu'il faut s'appliquer à cette œuvre. A côté de tous leurs avantages, les Églises uniates offrent aussi un inconvénient : en regard de la hiérarchie nationale, elles constituent une hiérarchie qui, quoi qu'on fasse, paraît être une hiérarchie rivale et peut rendre impossible une réconciliation collective. Cet inconvénient n'existe pas quand la nation tout entière revient au catholicisme, comme le fit celle des Maronites. Et puis, là même où il existe, ce n'est pas toujours l'Église romaine qui en est responsable. Parce que le Phanar, en 1724, mécontent de voir un évêque catholique élevé sur le siège patriarcal d'Antioche, suscite un intrus « orthodoxe » contre ce patriarche melkite, Cyrille VI Thamar, très légitimement élu, et que cet intrus eut des successeurs, les papes devaientils désavouer et supprimer la hiérarchie légitime ?

(1) Il s'agit de Y Encyclique patriarcale et synodale par laquelle le patriarche Anthime VII crut devoir répliquer à l'encyclique Prœclara de Léon XIII, et à la constitution Orientalium dignitas Ecclesiarum du 1er décembre 1894. L'encyclique d' Anthime VII parut dans P'ExxX»i<yta<mxY) *ÀXr,eeia le 29 septembre (11 octobre) 1895. Mgr Duchesne y a répondu de main de maître (voir Églises séparées, p. 59 sq.).

(2) Cf. Cyrille Charon, op. cit., p. 167, avec la note.

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Si nous indiquons cet inconvénient, c'est donc uniquement pour montrer la complexité de la question.

26. Nous arrivons tout de même à la conclusion. La présence et l'action des catholiques occidentaux, celles des pèlerins qui passent et surtout celles des missionnaires qui demeurent et travaillent, ont de grands avantages : elles font tomber bien des préjugés, elles n'excitent pas trop la défiance des clergés séparés, elles contribuent à rendre plus chrétiens les Orientaux qui en profitent (1). Mais elles produisent peu de retours visibles et complets à l'unité catholique, à cause de cette différence de rites à laquelle, depuis plusieurs siècles, une si grande importance a été attachée.

L'existence d'Églises de rite oriental en communion avec Rome produit sur les indigènes une plus grande impression. Elle leur fait mieux comprendre où est la différence essentielle entre une Église catholique et une Église séparée. Elle les persuade plus facilement de la sincérité des déclarations romaines reconnaissant la légitimité de leurs rites et en garantissant le respect. C'est sous cette influence que se font parfois des conversions de familles et de villages. Malheureusement, en excitant l'hostilité des chefs religieux non catholiques, elle rend beaucoup plus difficile un retour en masse au centre de l'unité.

Puisque, pour atteindre ce but que l'Église poursuit sans cesse sur terre, chacune des deux méthodes est bonne mais séparément insuffisante, il faut donc continuer à les employer toutes les deux. Et il est facile de voir dans quel esprit il convient de les appliquer. La controverse, la polémique, je ne parle même pas des discussions injurieuses, ont montré ce qu'elles pouvaient produire. Tous ceux qui s'occupent de l'Orient avec intelligence et amour sont unanimes à le répéter : c'est par la tolérance mutuelle, c'est par la fréquentation réciproque et la compénétration plus intime des chrétiens d'Orient et d'Occident, que l'estime et la sympathie succéderont au mépris et à la

(1) Par exemple les enfants élevés dans les nombreux pensionnats de Frères ou de Religieuses.

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