‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 189 sur 306 · XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT · texte numérisé non relu

XIV. LES DIVERS SCHISMES D'ORIENT

défiance, que la charité s'établira plus complète. Quand la charité sera maîtresse des cœurs, l'accord se fera aisément. Ce rêve, il faut l'espérer, cessera un jour d'être un rêve. Depuis longtemps, depuis toujours, les Occidentaux désirent l'union ; et ils savent que, cette union exigeant de la part des Orientaux certains sacrifices d'amour-propre, ils sont obligés eux-mêmes à certaines concessions. Beaucoup d'Orientaux commencent aussi à la désirer : ce désir est d'un bon augure. Le Phanar n'a pas rétracté, bien entendu, sa réponse malveillante à Léon XIII, mais il paraît en ce moment moins agressif. En Russie, l'œuvre de Soloviev n'est pas morte avec lui; deux prêtres russes orthodoxes ont assisté au deuxième congrès de Velehrad (1) et se sont hautement déclarés pour la poursuite de l'union. Si le haut clergé orthodoxe, jusqu'ici, ne s'est pas prononcé dans ce sens, de simples fidèles se promettent de le faire à sa place. Ils vont même parfois jusqu'à compromettre leurs évêques, et rien n'est plus caractéristique, dans cet ordre d'idées, que la récente supercherie d'une femme orthodoxe, russe d'origine. Profitant d'une maladie de Mgr Gérasime Messarah, métropolite orthodoxe de Beyrouth, elle rédigea sous le nom de ce prélat, et lui fit signer par surprise une lettre qu'elle répandit ensuite dans tout le monde grec. Dans cette Lettre, où l'on cherchait à montrer que toutes les difficultés qui divisent les Églises d'Orient et d'Occident pourraient, avec de la bonne volonté, être assez facilement résolues, il y a sans doute quelques assertions d'une théologie très douteuse. Mais enfin le sentiment est bon ; et tout en regrettant de ne pouvoir laisser cet acte au compte de Mgr Gérasime, nous pouvons nous associer au désir exprimé dans les derniers mots de cette lettre : « Nous désirons vivement que toutes les divergences, tant substantielles qu'apparentes, soient supprimées, et que l'Orient et l'Occident reviennent à l'ancienne unité dans la même foi et la même charité, se pardonnant mutuellement ce qui a pu blesser les uns et les autres dans les temps passés et se souvenant du

(1) Voir l'intéressant récit de ce congrès, par l'abbé A. Gratieux dans la Revue du Clergé français, t. lxii, 15 mai 1910, p. 440.

précepte du Maître commun : « C'est à ce signe que Ton «reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez «les uns les autres (1).»

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