‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 20 sur 306 · LA RELIGION D ISRAËL · texte numérisé non relu

LA RELIGION D ISRAËL

époux ; ce terme, qui n'est en lui-même qu'une simple épithète, prête à de périlleuses confusions et sera prohibé dans la suite (Os.,n, 16). Avec la toute-puissance de Yahweh, on mentionne encore: — sa science : il connaît les secrets des cœurs (I Sam., xvi, 7), il sait l'avenir et peut prévoir toutes les péripéties d'une guerre (I Sam., xxm, 9-12) ; — sa sagesse : elle lui permet de tout organiser selon un plan bien concerté et en vue de sa gloire ; il en peut d'ailleurs communiquer une part à Salomon (I Reg., iv, 29); — sa véracité : il est fidèle en ses promesses (I Reg., xv, 4,5) ; il est le protecteur attitré des serments (I Reg., n, 23) ; — sa justice, qu'il exerce, à la vérité, surtout en faveur d'Israël, mais qui lui fait rendre à chacun selon ses œuvres (I Sam., xxvi, 23), demander compte du sang répandu (I Reg., n, 32-34), se réserver la vengeance et le châtiment (I Sam., xxiv, 13-16, 22, 23).

Mais, par-dessus tout, on aime à voir en Yahweh une personnalité éminemment vivante. Une des formules les plus usuelles dans les serments se réfère à la vie de Yahweh (I Sam., xxv, 34 ; xxvi, 10). On traduit d'une manière très frappante cette activité dans les anthropomorphismes : Yahweh apparaît en proie, tantôt à la colère (Jud., ti, 14, 15 ; m, 8, etc.), tantôt à la pitié (Jud., n, 16, 18). Il dit bien àun moment donné qu'il maintiendra ses plus dures sentences (Jud., n, 13,14), qu'il n'est pas un homme pour revenir sur ce qu'il a dit (I Sam., xv, 29) ; puis l'heure arrive où il ne peut plus supporter la détresse de son peuple (Jud., x, 16). Il y a même des formes spécialement intenses de l'activité divine à propos desquelles on parle de Yesprit de Yahweh : il se répand sur Jephté (Jud., xi, 29) et Gédéon (Jud., vi, 34), et ils sont remplis de force pour sauver Israël ; sur Samson (Jud., xm, 25 ; xiv, 6, 19; xv, 14), et il tue les lions, il rompt les cordes dont il est enchaîné ; sur Saûl (I Sam., xi, 6), et sa colère s'enflamme. Surtout l'esprit se répand sur les prophètes (I Sam., xix, 20 ; II Sam., xxm, 2, etc.) et leur confère les prérogatives de leur fonction. Il ne s'agit pas ici d'une hypostase, mais d'une puissance plus énergique de l'action divine.

Nous ne pouvons oublier, à propos des attributs divins, que le Dieu du Sinaï revêt encore des traits qui inspirent la

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terreur : il est redoutable dans les anathèmes ( Jos., vi,17, 18; I Sam., xv, 18) qu'il prononce contre des villes entières, dans les exterminations de faux prophètes qu'Élie (I Reg., xvni, 40) ou Elisée ordonnent en son nom. Au moins peut-on dire que déjà les Israélites commencent à se faire une assez juste idée de ceux d'entre ses attributs que Dieu voulait faire connaître sous l'ancienne loi. Et pourtant les prophètes du vme siècle reprocheront à leurs auditeurs la méconnaissance de la véritable nature de Yahweh (Am., v, 6; Os., iv, 1 ; Is., i, 3). Il est possible que plusieurs des traits que nous avons relevés aient été accusés par les rédacteurs des Livres saints avec plus de force qu'ils ne l'étaient dans l'esprit de leurs héros. Il se peut aussi qu'ils n'aient pas tous été saisis par la masse populaire. Toutefois, aux yeux des prophètes, ce qui manquait surtout aux Israélites, c'était un sens exact des exigences morales de leur Dieu, non que l'attribut de sainteté fût inconnu (I Sam., vi, 20), non qu'il manquât de se traduire par des exigences morales : les jugements portés sur les causes des revers d'Israël (Jud., n, 6-23), surtout l'attitude de Nathan envers David adultère (II Sam., xii, 1-12), d'Élie envers Achab meurtrier (I Reg., xxi) en témoignent. Plus souvent toutefois, la masse considère la sainteté comme simple synonyme de transcendance, de grandeur intangible, d'inaccessibilité (I Sam., vi, 20; II Sam., vi, 9, 10) ; des épisodes tels que celui des Bethsamites atteints pour avoir regardé l'arche (I Sam. vi, 19), d'Ozza frappé de mort pour l'avoir touchée afin de l'empêcher de tomber (II Sam., vi, 6-8), pouvaient aisément développer de pareils sentiments.

53. Si attentif que soit Israël à ce que Dieu fait pour lui, il ne s'interdit pas de jeter un regard sur l'univers qui l'entoure. Le monde matériel n'échappe pas à l'empire de Yahweh. Avant tout il lui doit l'existence ; depuis de longs siècles, la foi d'Israël se nourrit sur ce sujet des idées exprimées, dans les deux récits de la création. Celui du document yahwiste (Gen., n, 41j-24) pose comme point de départ et d'une manière générale que Yahweh a formé le ciel et la terre (Gen.,n, 41'); mais il ne raconte pas le détail de cette œuvre divine. Il nous transporte à une date où il n'y a encore ni arbrisseau des champs, ni

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