XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE
Mais la victoire que Fempereur remporta en Orient sur Licinius détermina un nouveau progrès dans ses convictions religieuses. Non content de se proclamer chrétien, il exprime alors son désir de voir tous ses sujets embrasser aussi la foi. Sans doute, il ne contraindra personne; il déclare qu'on doit laisser ceux d'une autre opinion libres de la professer et d'exercer leur culte dans les temples, qui resteront ouverts. Mais en quels termes il fait cette concession ! « Quant à ceux qui se tiennent à l'écart, qu'ils gardent, puisqu'ils le veulent, les temples du mensonge... Quelques-uns, dit-on, prétendent que l'usage des temples est interdit... Tel aurait été mon avis ; mais, au détriment du bien public, l'erreur lamentable résiste encore avec trop de force chez quelques-uns. » Il est fort vraisemblable que les chrétiens d'Orient qui avaient eu tant à souffrir du paganisme d'État, non seulement sous Dioclétien, mais encore sous Licinius, pensèrent qu'il fallait en finir avec ces sacrifices si souvent imposés par la violence, avec ces autels témoins de tant d'apostasies forcées, avec ces temples déshonorés par des idoles quelquefois ignobles. Constantin partageait ces sentiments. Plusieurs temples, célèbres pour l'immoralité de leur culte, furent interdits et démolis ; tels par exemple les temples d'Aphaca dans le Liban, d'Egée en Cilicie, d' Héliopolis (Baalbek) en Phénicie. A entendre Eusèbe, on serait allé plus loin. La Vita Constantini mentionne une loi qui interdisait d'élever des idoles, de pratiquer la divination, de sacrifier. Il faut voir dans ces diverses mesures une preuve non équivoque de la sincérité du christianisme de Constantin. Peut-être faut il y voir aussi un effort pour obtenir l'unité religieuse que la politique de ses prédécesseurs avait vainement cherché à réaliser. A défaut du paganisme, qui ne se soutenait plus qu'avec peine, pourquoi le christianisme ne deviendrait-il pas la religion de tous les sujets de l'Empire ? Il donnait satisfaction à l'empereur ; celui-ci n'avait aucune raison de penser qu'il ne serait pas accessible et acceptable à tout le monde. C'est donc à la fois une œuvre de grande politique et une œuvre de vraie religion que Constantin entendait faire, en précipitant la décadence du paganisme au profit du christianisme.
2. Mais cette unité tant désirable, les chrétiens, au grand scandale de l'empereur, la rompaient par l'hérésie et par le schisme. On sait les soucis que l'arianisme causa à Constantin. Ceux qui lui vinrent du donatisme ne furent pas moindres.
A la suite de la persécution de Dioclétien, l'Église d'Afrique se trouva en présence d'un certain nombre de clercs coupables d'apostasie plus ou moins déguisée. L/ évoque de Carthage, Cécilien, soupçonné lui-même d'avoir livré les Écritures, fut en butte à une violente opposition de la part de quelques exaltés qui se targuaient d'être restés sans défaillance au milieu des pires menaces. « Qui est en communion avec les traditeurs n'aura point de part avec nous clans le royaume céleste, » déclaraient-ils. Ils donnèrent à Cécilien un rival dans la personne de Majorin et, bientôt après, de Donat des Cases-Noires, qui laissa son nom au schisme. Constantin informé de cette division, prit ingénument parti pour Cécilien, l'invita même à requérir contre ses adversaires, fauteurs de troubles, l'appui du proconsul Anulinus et du vicaire Patricius. Le proconsul allait agir lorsqu'il reçut des dissidents une requête adressée à l'empereur lui-même en vue d'obtenir un jugement canonique. Constantin, ami de la paix, autorisa la réunion d'un tribunal présidé par le pape Miltiade et chargé de régler le différend. Les deux parties entendues — et Donat put s'expliquer à l'aise — le pape reconnut que les griefs apportés contre Cécilien n'avaient aucune consistance et déclara qu'il « maintenait l'accusé entièrement dans sa communion ecclésiastique. »
Les schismatiques étaient donc condamnés et par les juges qu'ils avaient réclamés eux-mêmes. Ils ne se tinrent pas pour battus. A les en croire, l'affaire n'avait pas été examinée avec assez de soin. Par esprit de conciliation, Constantin convoqua un véritable concile en Gaule, à Arles, pour le 1er août 314, afin de rétablir la paix. Le concile ne trouva pas plus que le tribunal romain, matière à condamnation de Cécilien. L'évêque de Carthage fut reconnu innocent. Là-dessus un certain nombre de dissidents se rallièrent à lui. Mais les chefs demeurèrent intraitables. Ils eurent l'audace d'en appeler au prince