‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 198 sur 306 · XV. L'ÉGLISE LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE · texte numérisé non relu

XV. L'ÉGLISE LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE

lui-même qui, fort agacé de leur entêtement, accepta néanmoins l'appel. Cécilien et Donat comparurent devant l'empereur. Un débat contradictoire eut lieu, à la suite duquel Constantin se prononça pour Cécilien. Communication de sa sentence fut aussitôt donnée au vicaire d'Afrique, Eumélius. L'effet en fut peu considérable. Les plus sages du parti donatiste se soumirent, mais la masse demeura inflexible.

C'est alors que l'empereur crut devoir essayer des moyens matériels. Les donatistes occupaient à Carthage un certain nombre d'églises. Ordre fut donné de les en déposséder. Et comme ils résistaient, on procéda manu militari. L'éviction n'alla pas sans violence. Dans une église les donatistes furent assommés à coups de bâtons ; un des leurs, l'évêque de Sicilibba, fut même blessé ; dans une autre il y eut un véritable massacre, au cours duquel l'évoque d'Advocata trouva la mort. Des exécutions du même genre se répétèrent vraisemblablement en beaucoup d'endroits ; plusieurs personnes furent exilées, soit par mesure de précaution, soit pour résistance à l'ordre impérial.

Mais toutes ces mesures n'enrayèrent pas le mal. Si le schisme se perpétuait à Carthage et dans la province proconsulaire, son succès en Numidie était plus redoutable encore. Là, presque tout le monde était donatiste. Les catholiques y avaient la vie dure. On les mettait au ban de la société, quand on ne les maltraitait pas ; la devise était : « Quoi de commun entre les fils des martyrs et les sectateurs des traîtres ? a

Déçu dans ses tentatives, Constantin recourut de nouveau aux moyens de douceur. Tout en jugeant sévèrement les donatistes, il engagea les évêques catholiques à supporter patiemment les injures de leurs ennemis déchaînés. Il aimait à se persuader que les perturbateurs étaient peu nombreux et qu'on en viendrait à bout par la patience. Il se ménageait ainsi de nouvelles déceptions. On en peut juger par l'exemple suivant. A Constantine l'empereur avait fait construire à ses frais une basilique qu'il destinait aux catholiques. Les donatistes s'en emparèrent, et il n'y eut ni sommations, ni sentences de juge, ni lettres impériales qui pussent les décider à céder

la place. L/intervention du souverain, pourtant si légitime en la circonstance, révoltait les dissidents. Ils regrettaient sans doute amèrement de l'avoir provoquée au début du conflit. Et Donat osait crier maintenant : Quid imperatori cum Ecclesia ?

3. Constantin (f 337) légua donc à ses fils une succession fort lourde et embrouillée. Les schismatiques, aussi bien que les païens, s'obstinaient à méconnaître l'autorité religieuse de l'empereur chrétien. Constantin s'était intitulé lui-même « l'évêque du dehors. » Ses successeurs ne reculèrent pas devant la charge que leur imposait ce titre un peu ambitieux. Dès 341, Constance et Constantin publiaient un édit, loué par Firmicus Maternus, où les sacrifices étaient abolis : Cesset superstitio, sacrificiorum aboleatur insania. Et douze ans plus tard, Constance, devenu seul empereur, fit fermer tous les temples et menaça du glaive quiconque oserait continuer d'offrir des sacrifices aux dieux. Il ne semble pas que la menace ait reçu une pleine exécution. En fait les païens ne se déshabituèrent que lentement du culte des idoles. Du reste, jusqu'à la fin du ive siècle, les hautes magistratures furent confiées aux plus illustres d'entre eux, aussi bien qu'aux nouveaux convertis. Mais, sauf pendant la réaction païenne de Julien qui ne dura que quelques années, la politique religieuse des empereurs poursuivit plus ou moins activement la destruction du paganisme. Le règne de Valentinien marque toutefois une détente, une période de véritable tolérance. Ammien Marcellin atteste que ce prince tint la balance égale entre les païens et les chrétiens et qu'il refusa de s'immiscer dans les querelles de religion. Cratien eut une autre conception de son devoir d'empereur. Disciple de saint Ambroise, il entendit que tout ce qui entretenait le paganisme dans les cœurs disparût officiellement. C'est à partir de son règne que le titre de Pontifex maximus porté jusque-là par ses prédécesseurs et d'ailleurs dénué de toute signification effective, fut abandonné par les empereurs. C'est lui qui fit définitivement enlever du Sénat, où elle recevait encore les hommages des dévots du paganisme, en particulier de Symmaque, la statue de la Victoire. Enfin il abolit ce qui restait encore des rede-

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