XI. LA RELIGION D'iSRAEL
herbe, où Dieu n'a pas encore fait pleuvoir sur la terre, où il n'y a pas d'homme pour la cultiver; on voit seulement une vapeur monter du sol et en arroser la surface (Gen., n, 5, 6). Vient alors le tableau de la création de l'homme (Gen., h, 7). Pour lui faire un séjour digne de lui, Yahweh plante le jardin d'Éden et fait pousser la végétation, toute espèce d'arbres agréables à voir et aux fruits savoureux (Gen., ii, 8-17). Pour que l'homme ne soit pas seul, le créateur forme do la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel (Gen., n, 18-20). Enfin, comme il ne se trouve pas encore près de l'homme un être semblable à lui, Yahweh forme la première femme de la côte d'Adam endormi (Gen., n, 21-24). On a bien des fois admiré la grandeur et la simplicité de ce récit qui donne tant de relief au dogme créationniste. Il ne présente que des analogies assez reculées avec les mythes babyloniens de l'origine des choses. Certaines croyances populaires de l'époque donneraie it lieu à des rapprochements bien plus précis : tel le thème de la lutte de Yahweh contre les monstres de la mer, dans lequel Rahab et Léviathan apparaissent assez nettement comme des suce danés de Tiamat. Plus tard, divers psalmistes aimeront à recueillir ces données à titre de pur ornement littéraire (Ps. lxxxix, 9; lxxiv, 12-17).
54. Du ciel, sa véritable demeure, Yahweh domine le monde qu'il a créé et le maintient à l'existence. Il dirige le mouvement des astres ( Jos., x, 12-15 ; Jud., v, 20), fournit les réservoirs de la pluie, de la neige et de la grêle, fait s'élever les nuages et éclater les tempêtes. Sur terre, il remplit les étangs, fait couler les fleuves; il fait croître l'herbe, le froment et l'orge, fructifier la vigne et le figuier. C'est à lui qu'on demande les bénédictions du sol, c'est lui qu'on invoque contre les divers fléaux (I Reg., vin, 35-40). Certains phénomènes trahissent des interventions plus spéciales : qu'il tonne, c'est Yahweh que l'on entend (Ps. xxix ; Jud., v, 4), ce sont ses chars qui se mettent en marche, et l'on se demande anxieusement si c'est pour le bien ou pour le mal ; le tremblement de terre est plus mystérieux encore et plus redoutable, et l'éclipsé présage les derniers malheurs (Jud., v, 4 ; Am., viii,8, 9; I Reg., xix, 11,12). A cette autorité de Dieu sur le monde physique se
rattache le pouvoir illimité des signes : à son gré, Yahweh peut produire les phénomènes en dehors de leurs circonstances normales. Gédéon veut un miracle, et la rosée tombe dans les limites qu'il a fixées (Jud., vi, 36-40). Samson a soif ; à sa prière, Yahweh fait jaillir l'eau du rocher (Jud., xv, 19). La pluie est aux ordres du prophète Élie (I Reg., xvn, 1 ; xvm, 1, 41-45). Ce grand thaumaturge multiplie en temps de famine la nourriture, le pain, la farine et l'huile (I Reg., xvn, 8-16 ; cf. II Reg., iv) ; ainsi qu'Elisée, son disciple, il rappelle les morts à la vie (I Reg., xvn, 17-24 ; cf. II Reg.,' iv, 18-37).
55. Les prodiges signalent d'une manière très frappante l'intervention de Yahweh ; en certains cas néanmoins sa présence devient plus sensible. Les apparitions tiennent une grande place dans les livres historiques de la Bible. La Genèse en raconte pour l'époque patriarcale (Gen., xn, 7 ; xvm, etc.) ; Moïse en est favorisé au temps de l'Exode (Ex., ni, iv, xix) ; il y en a dans la période des Juges (Jud., vi ; xm, 3) et des Rois (I Reg., xix, 9-18; xxn, 19-23). C'est presque toujours sous forme humaine que se font ces manifestations. A l'origine, on disait peut-être simplement que l'on avait vu Yahweh. Mais, de bonne heure, on éprouva parfois le besoin de préciser que la forme extérieure et éphémère ne lui était pas tout à fait identique, ne limitait pas entièrement son existence. De là l'usage d'un terme spécial pour désigner l'apparition. Comme les autres esprits revêtaient, eux aussi, une forme humaine pour se manifester sur terre, une même appellation, celle de mal'àk ou ange, servit à désigner toutes les apparitions d'êtres célestes ; on eut soin toutefois, quand il s'agissait de Dieu, d'ajouter à ce terme un complément : mal'àk 'Hôhîm (Gen., xxi, 17 ; Jud., vi, 20, etc.), ange de Dieu, ou màl'akYahweh (Gen., xvi, 7, 9 ; Ex., m, 2, etc.), ange de Yahweh. La distinction, que l'on avait perçue entre Dieu et son apparition transitoire, fut parfois accentuée avec une certaine emphase : il arrive que l'ange parle de Yahweh comme d'un tiers (Jud., vi, 12) ; dans un récit de l'Exode, Yahweh déclare qu'il va demeurer au Sinaï et déléguer son ange auprès d'Israël (Ex.,xxin, 20, 23). Mais le plus souvent les récits