XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE
résistances, et les catholiques, en dépit de tous les édits impériaux, continuèrent d'être malmenés. «Un an après la loi d'union, le clergé d'Hippone en est réduit à s'adresser à l'épiscopat donatiste pour être protégé contre des violences intolérables. A Bagaï, les donatistes brûlèrent l'église catholique ; à Gonstantine, à Sétif, en nombre d'endroits, des violences analogues sont signalées ; un évêque donatiste se vantait d'avoir détruit, à lui seul, quatre églises catholiques. On comprend que, dans ces bagarres et dans les répressions auxquelles elles donnaient lieu, quelques donatistes soient restés sur le carreau. Cependant on n'alla pas très loin ; le clergé dissident ne fut pas déporté (1).» L'idée d'une conférence entre les deux épiscopats reprit consistance. Elle finit par se réaliser (411). Un commissaire impérial présida la discussion. Les catholiques eurent gain de cause. Mais ce fut encore une fois peine perdue. Les chefs donatistes en appelèrent à l'empereur. La réponse fut une loi du 30 janvier 412, qui portait contre eux des pénalités pécuniaires et prononçait, pour le clergé réfractaire,la peine de la déportation en dehors de l'Afrique. La difficulté fut d'appliquer l'édit. En somme, on put constater le retour d'un grand nombre de dissidents. Mais la Numidie demeura quelque temps encore un centre de rébellion. Même après l'invasion vandale et jusqu'au temps de saint Grégoire le Grand, on y signale des donatistes.
5. L'Afrique et l'Italie, avec l'Illyricum, nourrissaient une autre secte, non moins dangereuse pour l'Église, celle des manichéens. Proscrits depuis le règne de Dioclétien, réduits à l'état de société secrète, ils n'en recrutaient pas moins des adeptes. On sait qu'ils se répartissaient en deux classes, celle des Elus et celle des Auditeurs. Les Élus (il y en avait des deux sexes) professaient une continence absolue et une grande austérité de régime. C'est parmi eux que, sous prétexte de dégager du monde matériel les parcelles de lumière et de divinité qui y sont contenues, s'observaient certaines pratiques abominables que réprouve la simple morale naturelle. Quand Augustin
(1) Duchesne, Histoire ancienne de V Église, t. in, p. 133. Hist. Rel. — II — 25
écrivit (vers 405) son livre sur la « Nature du Bien », ces désordres avaient été constatés judiciairement, avec l'aveu des coupables, en Gaule et en Paphlagonie. Ils le furent peu après (421) à Carthage même, dans une enquête que dirigea un représentant de l'empereur, le tribun Ursus. A Rome la première manifestation de cette plaie se produisit, en 443, sous le pape saint Léon. Grâce aux indications du pontife, la police arrêta tous les élus manichéens, y compris leur évêque. L'interrogatoire qu'on leur fit subir eut lieu en présence non seulement d'évêques et de prêtres, mais encore de hauts fonctionnaires et d'un grand nombre de sénateurs. On fit comparaître jusqu'aux enfants, une petite fille de dix ans et un adolescent impliqués en des infamies rituelles. Les accusés avouèrent. Des peines diverses leur furent appliquées. On admit à la pénitence les hérétiques repentants ; les autres furent condamnés à la rélégation perpétuelle. Nul ne s'étonnera que l'État ait cru devoir prendre des mesures plus générales. L'empereur Valentinien, par un rescrit adressé au préfet du prétoire Albinus, renouvela, en visant les faits récents, les lois portées contre les manichéens depuis « les temps païens » ; il se garda pourtant de remettre en vigueur la terrible peine du feu ordonnée par Dioclétien, et se borna à édicter des incapacités juridiques et des exclusions de résidence. Plus tard, Justinien aggravera ces pénalités et y joindra en certains cas la peine capitale.
6. Dans toutes les mesures que l'État prit contre les païens et les hérétiques ou les schismatiques, il est assez difficile de déterminer exactement la part qui revient à l'Église et à ses docteurs. Il paraît bien que les empereurs furent guidés, pour leurs rapports avec les diverses confessions religieuses, avant tout, sinon uniquement, par la raison d'État. S'ils exercèrent une pression sur les consciences, c'était en vue de l'unité, chose si désirable pour un gouvernement ; et les troubles, à main armée, que suscitaient trop souvent les hérétiques et les schismatiques, justifiaient assurément leur intervention. Responsables de l'ordre social, ils ne pouvaient tolérer que. sous prétexte de doctrine et de religion, leurs sujets y portassent une atteinte grave.