‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 201 sur 306 · XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE · texte numérisé non relu

XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE

Mais il est certain que leurs convictions personnelles les firent pencher ordinairement en faveur de l'Église catholique. Et les docteurs ne pouvaient qu'approuver et encourager cette inclination. Ce n'est pas que l'Église ait eu d'abord l'idée de recourir au bras séculier pour se développer et abattre les obstacles qui s'opposaient à son développement. Ce que Tertullien écrivait au commencement du ine siècle : Nec religionis est cogère religionem, Lactance et saint Hilaire le répétaient cent ans et cent cinquante ans plus tard : « Rien ne dépend autant de la volonté que la religion. » Même aux environs de l'an 400, saint Jean Chrysostome et saint Augustin ne tiendront pas un autre langage. Cependant, au cours des batailles engagées entre l'Église et ses adversaires pendant le ive et le ve siècle, les sentiments des catholiques sur la vertu et la légitimité des mesures coercitives se modifièrent sensiblement.

Déjà vers 347, Firmicus Maternus excitait les empereurs Constance et Constant à^proscrire les pratiques du culte païen, dont il fait une peinture affreuse. Et saint Optât estime que les violences des donatistes justifient l'emploi du glaive. Ce sont ces violences qui amenèrent saint Augustin à changer d'avis sur la conduite à tenir vis-à-vis des schismatiques. Longtemps il s'en tint aux voies de douceur. Mais quand il vit que la force, mise par l'État au service de l'Église, était capable de déterminer des conversions, surtout en libérant les donatistes retenus dans le schisme par la faiblesse ou par la crainte, il adopta résolument le système de la persécution modérée, sauf la peine de mort pour laquelle il professa toujours une invincible horreur et que l'exécution de Priscillien avait rendue odieuse à tous les catholiques; il approuva les châtiments que la législation impériale appliquait aux dissidents : confiscation des biens et exil des personnes. Selon toutes les vraisemblances, ce fut pour des motifs d'intérêt public et en raison des résultats obtenus, qu'il se rangea à cette opinion, qui lui avait d'abord paru peu conciliable avec la doctrine évangélique. Lorsqu'il l'eut franchement adoptée, il ne manqua pas d'autres motifs pour la justifier. Ce n'est même pas la raison d'État qu'il invoque en sa

faveur, ce sont des raisons d'un caractère purement religieux. Les textes bibliques, surtout ceux de l'Ancien Testament, lui servent d'arguments ; le Compelle intrare de l'Évangile est expliqué dans le même sens. Aussi bien, l'Église a charge d'âmes : nous devons veiller à ce qu'aucun de ceux qui nous sont chers ne se perde pour l'éternité ; et comme l'Église est la seule arche de salut, il faut y faire entrer nos frères séparés. Peut-être se plaindront-ils d'abord qu'on les contraigne d'y entrer par la force, mais plus tard ils nous sauront gré du service qu'on leur aura rendu et se féliciteront d'avoir souffert une persécution salutaire. Bref, il y a une persécution injuste, celle que les impies font à l'Église du Christ ; mais il y a une persécution juste, c'est celle que les églises du Christ font aux impies ». Saint Léon le Grand devait, un peu plus tard, prôner cette théorie à propos des manichéens et des priscillianistes. Les crimes sociaux dont ces hérétiques s'étaient rendus coupables légitimaient à ses yeux les pires supplices. Léon enveloppe même Priscillien dans sa réprobation. Il ne se défend pas d'une certaine satisfaction en pensant que « les princes de ce monde, par horreur de cette folie sacrilège, ont frappé du glaive des lois publiques celui qui en était l'auteur et quelques-uns de ses complices. » Il voit dans ce châtiment un avantage pour l'Église. « Celle-ci, dans sa douceur, doit se contenter d'un jugement sacerdotal et éviter les répressions sanglantes (cruentas refugit ultiones), mais elle se trouve aidée par les édits sévères des princes chrétiens, puisque, par crainte des supplices corporels, les hérétiques recourent parfois aux remèdes spirituels. » Ainsi le saint pontife ne demande pas l'emploi du glaive, mais il l'accepte en certains cas au nom du bien public. D'une façon générale, cependant, il s'en tient, comme saint Augustin, au système de la persécution modérée, qui doit procurer la conversion des dissidents. Grâce au patronage de l'évêque d'Hippone, cette théorie était appelée à un grand avenir. Tout le moyen âge y recourra. Il n'était pas nécessaire cependant de la formuler pour que les princes chrétiens en fissent une application suivie, La chose allait presque de soi.

Page 1