XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE
la reconnaissance des fidèles exaucés. Au jour anniversaire de la mort des martyrs les pèlerins affluaient auprès de leurs tombeaux. On y célébrait de longs offices. Les panégyries comportaient des processions et des banquets. Gela resssemblait beaucoup aux fêtes païennes. Les évêques cependant ne paraissent pas s'en être d'abord alarmés. Un saint Grégoire le Thaumaturge s'en accommoda volontiers et ses collègues de l'Occident l'imitèrent. Mais de tels usages finirent par blesser la conscience chrétienne. Il n'est pas jusqu'aux païens et aux hérétiques qui ne feignirent de s'en scandaliser. Le manichéen Faustus en faisait un grief à saint Augustin : « Vos idoles, à vous, disait-il, ce sont les martyrs ; vous leur adressez des vœux du même genre. C'est aussi par du vin et des viandes que vous apaisez les ombres des morts. » Le reproche était évidemment exagéré et provenait d'une méprise. Mais les apparences n'en étaient pas moins contre les chrétiens, qui apportaient dans les pratiques d'un culte légitime des habitudes d'un paganisme inconscient. Saint Ambroise estimait que les festins sur les mémorise des martyrs ressemblaient trop aux parentalia pour ne pas fournir aux faibles une occasion de scandale. C'est pourquoi il les abolit résolument. D'autres évêques de l'Italie et des provinces voisines prirent 1%. même mesure. Et saint Augustin souhaitait que l'Afrique chrétienne eût le courage de suivre leur exemple.
10. Ainsi, tandis que l'Église conquérait le monde, le monde à son tour faisait son entrée dans l'Église. Et il n'était guère facile de l'en expulser totalement. « La masse était chrétienne comme le pouvait être la masse, de surface et d'étiquette. L'eau du baptême l'avait touchée, l'esprit de l'Évangile ne l'avait pas pénétrée. A leur entrée dans l'Église les fidèles renonçaient toujours aux pompes de Satan : mais ni les théâtres ni les cirques ne se vidaient. On voyait se fermer les temples, mais les lieux de plaisir, même les plus répréhensibles, conservaient leur clientèle (l).)>Les banquets et les folies des calendes de janvier, notamment, demeuraient en honneur dans les campagnes, aussi
fl) Duohesne, Histoire ancienne de V Église, t. ni, p. 5.
bien que dans les grandes villes. Dès lors rien d'étonnant que les prédicateurs et les écrivains de ce temps, un saint Jean Chrysostome, un saint Jérôme, un saint Ambroise, un saint Augustin, un saint Maxime de Turin, un saint Césaire d'Arles, un Salvien de Marseille, un saint Grégoire le Grand aient tonné fort contre le spectacle scandaleux que nombre de fidèles donnaient aux païens eux-mêmes.
11. Lorsque le remords saisissait ces mauvais chrétiens et les amenait à résipiscence, l'Église leur offrait un moyen suprême de réhabilitation, a La discipline pénitentielle se maintenait encore, mais la sévérité à laquelle on l'avait portée en rendait l'application de plus en plus difficile. Le pécheur qui demandait et obtenait son admission au nombre des pénitents devait accepter tout un régime d'humiliations et d'austérités. 11 avait une place spéciale à l'Église et ne pouvait se montrer qu'en habits de deuil, on lui imposait des jeûnes fort durs avec abstention de tout rapport conjugal, s'il était marié ; s'il ne l'était pas, défense lui était faite de contracter mariage ; s'il était soldat ou fonctionnaire, il devait quitter le service et rentrer dans la vie privée. Jamais, de toute sa vie, il ne pouvait être admis dans le clergé. Autant dire que, sans aller jusqu'au désert, il fallait se retirer chez soi et y vivre en moine. Quand on avait subi 'ces épreuves pendant le temps fixé, lequel variait suivant l'appréciation de l'évêque, on était admis à la réconciliation publique et réintégré dans le corps des fidèles. Mais il ne fallait pas recommencer, car la pénitence n'était accordée qu'une seule fois. Le pécheur relaps n'avait plus à comnter sur l'Église, mais sur Dieu seul.
« Des conditions si dures étaient faites pour décourager les bonnes volontés. Si tant de gens différaient jusqu'à la dernière heure leur initiation définitive, c'est que, ne se sentant de force ni à résister toujours aux tentations ni à subir le régime pénitentiel auquel les condamnait la chute, ils préféraient bénéficier de la commode rémission du baptême. Quant à ceux à qui la sollicitude de leurs parents avait fermé cette voie, il était de jour en jour plus difficile de les amener à demander la pénitence. Estimant sans doute que la rendre si difficile équivalait à la refuser, ils