‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 205 sur 306 · XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE · texte numérisé non relu

XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE

se détournaient de la rémission ecclésiastique et s'arrangeaient directement avec Dieu, lui offrant leur repentir et ce qui, en fait d'expiation matérielle,- était à leur portée. C'était le système des novatiens ; c'était même celui que la grande Église appliquait aux nénitents relaps. La plupart s'en tenaient là (1). »

Il semble cependant que, dès le vie siècle, l'Église se relâcha de ses rigueurs et qu'elle admit les relaps à une nouvelle pénitence. Ce régime se fait jour en Afrique et en Espagne. Il est vrai que dans ce dernier pays l'épiscopat y fit d'abord un fort mauvais accueil.

12. Les vrais chrétiens — et ils étaient encore nombreux, à la campagne aussi bien qu'à la ville — entretenaient toujours dans l'Église la sève évangélique. Ceux qui le pouvaient faire, assistaient assidûment aux offices de jour et de nuit. Au ive et au ve siècle, 'on voit ces réunions se multiplier. C'est signe qu'elles étaient bien vues des fidèles. Naturellement elles avaient partout lieu le dimanche et tout le monde y était convoqué. A l'origine, elles ne comprenaient que la vigile nocturne et la station matinale généralement terminée par la liturgie eucharistique. Mais les ascètes dont la piété était mal satisfaite par ces exercices communs transportèrent bientôt dans les églises les prières qu'ils récitaient d'abord en leur particulier. C'est ainsi qu'à la vigile s'ajouta l'office de matines et que les offices de tierce, sexte, none, vêpres, furent appelés à consacrer les divers moments de la journée. Le clergé y prit d'abord une part restreinte ; peu à peu cependant, quand les autres s'en furent lassés, ces nouveaux offices finirent par lui incomber et lui incombèrent à lui seul.

Les chants de psaumes, les lectures de l'Ancien Testament prenaient une partie considérable de la station matinale, avant la grande prière consécratoire de l'Eucharistie. « Les textes des lectures étaient souvent l'objet de commentaires homilétiques plus ou moins fréquents et abondants, suivant les pays et aussi suivant les ressources oratoires du clergé. On ne disposait pas toujours d'un

(1) Duchesne, Histoire ancienne de V Église, t. m, p. 8-9.

Chrysostome ou d'un Augustin. A Jérusalem tous les prêtres prêchaient chaque dimanche, l'un après l'autre, ce qui avait l'inco*ivénient, tout au moins, d'allonger fort les offices. A Rome, au contraire, on prêchait fort peu (1). » Nous possédons les sermons d'un saint Léon et d'un saint Grégoire le Grand. Mais tous les papes n'ont pas exercé comme eux leur talent oratoire.

Lorsque arrivait le service de la communion, les fidèles étaient invités à y prendre part. Saint Augustin fait remarquer que tous ne répondaient pas à l'invitation. Si les uns communiaient toutes les fois qu'on célébrait l'Eucharistie, d'autres, s'estimant plus ou moins indignes du banquet divin, n'y participaient que rarement, par exemple aux jours de grandes fêtes.

C'est vers ce temps que la liturgie prit un développement et un éclat qu'elle a toujours conservés depuis. La liturgie ambrosienne, la liturgie gallicane furent dès lors fixées. La cantilène romaine, à laquelle saint Grégoire le Grand a attaché son nom pour de longs siècles, était appelée à éclipser toutes les autres.

13. Ces exercices de la prière publique ne constituaient pas toute la vie religieuse des bons chrétiens. Il s'y joignait des mortifications et des austérités de toutes sortes. En même temps que le clergé s'astreignait au célibat, l'ascétisme devenait la loi des meilleurs d'entre les fidèles. Quelquefois ils groupaient autour d'eux des amis, des serviteurs qu'ils décidaient à vivre comme eux, en dehors du monde, et à former une sorte de monastère. Tels furent Pammachius, Pinien, Prudence, Sulpice Sévère, Paulin, Dalmatius et tant d'autres. Les femmes n'échappaient point à ce besoin de solitude et de paix dans la dévotion. On voit naître des congrégations de vierges et de veuves, qui ne sont pas encore proprement des religieuses, mais qui ont une place à part dans les exercices du culte. Rome, Milan, Rouen, pour ne citer que quelques villes, les connaissent dès le ive siècle.

C'était pour l'Occident le germe de la vie cénobitique.

En Orient, les monastères avaient pris dès le ive siècle

(1) Duchesne, Histoire ancienne de V Église, t. ni, p. 11.

Page 1