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XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE

un développement extraordinaire. L'Egypte, la Palestine et la Syrie regorgeaient de solitaires et de cénobites. Tant que les moines ne s'occupèrent que de leur perfectionnement individuel, on n'eut qu'à se louer de leur façon sérieuse et austère d'entendre la profession du christianisme. Mais bientôt les affaires générales de l'Église les rappelèrent dans le monde. « On les vit partout et en grand nombre, attirant l'attention par des singularités de costume, par une austérité souvent exagérée ou empreinte d'ostentation, se mêlant au populaire et à sa vie religieuse, épousant ses querelles, excitant ses passions, même et surtout quand elles se soulevaient contre les autorités (1).» Leur intervention dans les querelles dogmatiques fut particulièrement funeste. Il fallut que le concile de Chalcédoine (451) réglât^ leur situation. On plaça les monastères sous la direction des évêques. Et le bon ordre y gagna, aussi bien que la piété.

En Occident la vie cénobitique fut loin de compter un personnel aussi nombreux qu'en Orient. C'est en Gaule que l'on trouve le plus de moines. Saint Martin les établit à Ligugé et à Tours. Son exemple et celui des cénobites égyptiens impressionnèrent d'autres diocèses. A Marseille, dans les îles d'Hyères et de Lérins, aux environs de Vienne, dans les solitudes du Jura, s'organisèrent de saintes retraites où les fidèles dégoûtés du monde consacraient leurs jours à la prière, au travail, aux lectures pieuses et à la mortification. Ils étaient ordinairement paisibles et respectueux de l'autorité ecclésiastique. Un conflit s'éleva cependant entre l'évêque de Fréjus, Théodore, et son diocésain Fauste, abbé de Lérins, au sujet de leurs attributions respectives. Le concile d'Arles (vers 455) détermina le droit de chacun. Tout ce qui regardait l'administration des sacrements et le gouvernement ecclésiastique fut reconnu être de la compétence épiscopale. Le reste, c'est-à-dire l'administration du temporel et la direction professionnelle des moines, demeura entre les mains de l'abbé. Cette solution fort sage devait servir longtemps de règle aux moines d'Occident.

(1) Duchesne, Histoire ancienne de V Église, t. ni, p. 32.

<( A Rome la question se posa très tardivement. Cette vieille et vénérable église ne renonça pas facilement à Tidée que la perfection chrétienne est le devoir de tous et non la spécialité de quelques virtuoses. Elle s'en tint longtemps aux vierges sacrées et aux « confesseurs », que leur vœu de continence ne ségrégeait nullement du reste des fidèles. Les monastères s'y fondèrent assez tard. Quand il y en eut ■ — et les premiers ne sont que du ve siècle déjà avancé, — l'autorité hiérarchique s'y prit de façon à ce qu'ils ne fissent point obstacle. Il y eut des monastères à Rome, mais de petits monastères, généralement adjoints aux églises de la banlieue, même de la ville, où on les employait pour les offices, sous la surveillance du clergé. Ainsi disciplinés, il ne donnèrent jamais de sujets de plainte (1). »

Cependant Cassiodore (538) et saint Benoît de Nursie (480-543) imprimèrent à la vie monastique de l'Italie un caractère nouveau et un essor extraordinaire. Dans la règle qu'il composa pour le Mont-Cassin, Benoît exige de ses disciples le vœu de stabilité, c'est-à-dire l'engagement de demeurer jusqu'à la mort dans le monastère dont ils sollicitaient l'entrée. Cette sage prévoyance prévenait chez les religieux la tentation de rentrer dans le monde, coupait court à tout prétexte pour changer de résidence et mettait fin aux courses de ceux qu'on appelait les gyrovagues. De son côté, Cassiodore appliquait les moines de Vivarium (Basse- Italie) aux travaux scientifiques et à la transcription des livres. Cet exemple eut une portée immense parce que les disciples de saint Benoît l'imitèrent. C'est grâce à cette introduction de la culture intellectuelle dans la vie religieuse que les trésors littéraires de l'antiquité sont arrivés jusqu'à nous. C'est par là aussi que les monastères bénédictins sont devenus une pépinière de grands hommes; vers la fin du vie siècle l'ordre monastique s'asseyait pour la première fois, en la personne de saint Grégoire le Grand, sur la chaire de saint Pierre, qu'il devait tant illustrer.

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