XV. L'ÉGLISE LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE
fait faire à l'humanité un progrès considérable. Sans doute les conversions collectives ou forcées qu'il avait obtenues ne modifièrent que d'une façon très superficielle les mœurs et les habitudes, voire les superstitions, d'un certain nombre de fidèles. Mais c'était déjà beaucoup que les rites impurs du paganisme, abolis une bonne fois, ne pussent plus alimenter les instincts mauvais de ces idolâtres mal convertis. Si leur christianisme n'était pas tout à fait de bon aloi, du moins valait-il mieux que les cultes immoraux auxquels ils avaient renoncé. La loi, désormais empreinte de l'esprit de l'Evangile, favorisait tous les nobles sentiments de la nature humaine, et les moins bons d'entre les citoyens ne pouvaient que s'en ressentir. Le niveau moral des sujets de l'Empire s'élevait de la sorte inévitablement. Au-dessus de cette masse flottante de fidèles médiocres émergeait une élite qui maintenait, tout en les développant, les traditions et l'esprit de l'Église primitive. Le clergé et les chrétiens austères disséminés au milieu du monde montraient par leurs actes — aussi bien que les moines et les cénobites déserteurs du siècle — quelle était la vertu tout à la fois religieuse et civilisatrice de l'Évangile.
L'Église et les Barbares
15. Pendant que l'Empire romain achevait de se christianiser, les barbares qui menaçaient ses frontières finirent par les rompre. Dès le ve siècle, les Hérules, mêlés aux Rugiens, et les Ostrogot hs envahissent l'Italie; en Espagne, apparaissent les Vandales, les Suèves et les Visigoths ; en Afrique, les Vandales ; en Gaule, les Visigoths, les Burgondes, les Francs et les Bretons ; dans la Grande-Bretagne, les Anglo-Saxons ; vers la mer du nord les Frisons et les Saxons, qui débordent bientôt jusqu'en Norvège; entre la Vistule et l'Elbe, les Slaves, que poussent les Huns et les Magyars.
L'Église atteindra successivement chacun de ces peuples. Dès la fin du ve siècle, elle convertira les chefs des Francs ;
cent ans plus tard, les Anglo-Saxons ; puis, au cours du vme et du ixe siècle, les Alamans, les Bavarois, les Thuringiens, les Saxons et les Scandinaves; toutes les principales nations de race germanique seront ainsi conquises à l'Évangile. Pendant la seconde moitié du ixe siècle, le christianisme sera prêché aux Slaves de la Moravie et passera de là aux Slaves de Pologne, ensuite, vers la fin du xe siècle, aux Slaves de Russie.
Quelques îlots, comme la Poméranie, la Prusse et la Lithuanie, n'accueilleront que plus tard la bonne nouvelle. Reste la race ouralo-altaïque des Mogols ; un premier groupe, la Hongrie, recevra la foi chrétienne pendant les xe et xie siècles; les groupes d'Asie ne seront entamés qu'au xme siècle par les missions des dominicains et des franciscains.
16. Le premier contact des barbares avec l'Évangile ne devait pas être heureux. Les Burgondes, sous la poussée des Huns, s'étaient jetés dans les bras des Romains et avaient reçu le baptême en masse. Mais leur foi fut bientôt contaminée par les Goths, qui professaient l'arianisme. Ceux-ci avaient été les victimes de l'un de leurs chefs, le noble Ulphilas, qui, emmené en otage à Constantinople au ive siècle, y avait embrassé les erreurs d'Arius. De retour dans son pays, Ulphilas propagea l'hérésie par ses prédications et par une traduction gothique de la Bible tout imprégnée de sa doctrine. Chargé, s'il faut en croire Théodoret et Sozomène, de négocier une alliance entre l'empereur Valens, qui était arien, et les Visigoths, il gagna ces derniers à l'arianisme. Des Visigoths l'erreur passa aux Ostrogoths, aux Hérules, aux Vandales, à une partie des Burgondes, aux Gépides, aux Rugiens. Tout ce flot de barbares, qui allait inonder l'Italie, la Gaule méridionale, l'Espagne et l'Afrique, porta ainsi l'hérésie à travers l'empire romain.
17. Heureusement un autre peuple, sorti des forêts de la Germanie et campé au nord de la Gaule, se mit vers le même temps au service de l'Église. Bien que né païen, le roi des Francs, Clovis, avait épousé une princesse catholique, la fille de Gondebaud, roi des Burgondes. Ce n'est pas à dire qu'il ait incliné dès lors vers le christianisme. Mais