XI. LA RELIGION D'iSRAEL
consacrent l'identité foncière de l'ange et de Yahweh; on attribue assez indistinctement les détails d'un même épisode à l'un ou à l'autre (1). Peut-être qu'en certains cas, l'on affecte de faire remonter à Yahweh les actes au caractère plus spirituel ou plus miraculeux, et de faire intervenir Tange pour ce qui suppose des relations plus immédiates avec le monde matériel (2). D jà, danslerécityahwiste du départ du Sinaï, la face, panîm (Ex., xxxin, 5, 14), et la gloire, kabôd (Ex., xxxni, 18), de Yahweh jouent le même rôle que l'ange ; mais dans le Code sacerdotal et dans le récit de la dédicace du Temple, la gloire de Yahweh désigne la vision de fumée ou de flamme qui, sur le Sinaï ou au sanctuaire, signale la présence divine (Ex., xvi, 7, 10 ; xxiv, 16, 17 ; I Reg., vin, 11).
56. Au ciel où il réside et sur la terre où il vient, Yahweh a des esprits pour courtisans; il y en a toute une armée. Ce n'est pas pour cette raison toutefois qu'à l'origine Yahweh fut appelé le Dieu des armées. Cette locution, qui appartient surtout au langage prophétique, se rencontre une trentaine de fois dans les livres de Samuel et des Rois. Les textes anciens la mettent en rapport, d'une part avec l'arche (I Sam., i, 3, 11 ; II Sam., vi, 2, 18), d'autre part avec les guerres qu'Israël engage ou soutient contre ses ennemis (I Sam., iv, 3, 4). Pour ne citer qu'un trait, David déclare à Goliath qu'il vient à lui au nom de Yahweh des armées, au nom du Dieu des bataillons d'Israël (I Sam., xvn, 45). On donnait donc à Yahweh le titre de Dieu des armées pour affirmer avant tout qu'il était le chef des légions de son peuple, que tant de fois l'arche sainte avait conduites au combat et au triomphe. Mais, à la fin de la période qui nous occupe, un sens nouveau tend à prévaloir. Consulté par les rois Achab et Josaphat sur l'issue d'une guerre contre les Syriens, le prophète Michée, fils de Yemlah, raconte une vision dont il a été favorisé. Il a vu Yahweh sur son trône et, près de lui, à droite et à gauche, toute l'armée du ciel (I Reg., xxn, 19) ; la vieille locution va désormais désigner Yahweh comme le chef des esprits
(1) Cf. l'histoire de la vocation de Gédéon, Jud., vi.
(2) Cf. surtout l'épisode de l'ânesse de Balaam, Num., xxn, 21-35.
célestes, ses assesseurs et au besoin ses conseillers (I Reg., xxii, 20), et elle servira à mettre en relief sa toutepuissance. Ces esprits supérieurs sont très nombreux : que Yahweh siège sur son trône ou qu'il se déplace, il est au milieu des saintes myriades (Deut., xxxiii, 2). Ils participent à la sainteté divine au moins en tant qu'elle inclut la transcendance et l'inaccessibilité : Josué quitte ses sandales dans le lieu que sanctifie la présence du chef des armées de Yahweh (Jos.,v, 16). Pour bien marquer qu'ils se meuvent dans les sphères supérieures et que, par leur nature, ils se rapprochent de Dieu plus que des hommes, on continue de les appeler fils de Dieu, bénêy ''îôhîm (Gen., vi, 2,4), ou peut-être même''lôhîm (Ps. vin, 6). Ces esprits ont souvent des messages à remplir auprès des hommes. Jacob les voit, sur l'échelle merveilleuse, qui descendent vers la terre accomplir leurs missions et qui remontent «nsuite rendre leurs comptes à leur maître céleste (Gen., xxvin, 12). Ils viennent ici-bas tantôt pour la bénédiction et tantôt pour la malédiction; les deux anges qui accompagnent Yahweh aux chênes de Mambré le laissent auprès d'Abraham, pendant qu'ils vont punir Sodome et sauver Loth (Gen., xix). A certains jours de combat, on voit dans les airs des chars et des chevaux de feu : les anges qui les montent luttent en faveur d'Israël (II Reg., vi, 17). A raison de ces fonctions, les esprits célestes sont souvent appelés mal'àkîm, messagers. On distingue déjà parmi eux des catégories et notamment les chérubins. Le récit de la chute et un oracle d'Ëzéchiel nous montrent ceux-ci comme les gardiens de la demeure et de la personne divines (Gen., ni, 24; Ez., xxvm, 14, 16); les ornements du Tabernacle portatif et du Temple sont à interpréter dans le même sens (Ex., xxv, 18-22; xxvi, 31; xxxvi, 8, 35; I Reg., vi, 23-28, 29-35). Ailleurs ils apparaissent comme les porteurs de la divinité ou de son char (Ps. xvini, 11 ; cf. I Sam., iv, 4).
57. Parmi les êtres terrestres, c'est sur l'homme que se concentre principalement l'attention. Israël professe toujours, sur l'origine de l'humanité comme d'alleurs sur sa condition actU'Jl'% la foi qui trouve son expression •dans Jes premiers chapitres de la Genèse. Le récit de la