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XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE

l'Est-Anglie, la Mercie, le Sussex et les Saxons-Orientaux se soumirent successivement à l'Évangile. On ne signale que cette dernière région où le bras séculier ait contribué, autant peut-être que la prédication, à la chute des idoles et à la conversion des païens : quidam voluntarie, alii vero coacti régis imperio. Vers 685, le triomphe de l'Eglise était à peu près complet sur tout le territoire. Et à quelque temps de là, les sept États de l'Heptarchie, réunis par le lien d'une même foi, pouvaient former une société politique solide, sous le roi Egbert le Grand, véritable fondateur de la monarchie anglaise.

24. En Irlande, saint Patrice et ses disciples n'usèrent, à ce qu'il semble, que des moyens de persuasion. Leur tactique était de s'attaquer directement aux chefs des tribus. Une fois ceux-ci gagnés, le reste entrait comme de lui-même dans l'Église. L'esprit de clan était à lui seul le meilleur agent de conversion. Le fait rapporté dans une vie de saint Moedoc de Ferns est, à cet égard, assez typique. Le saint missionnaire ayant baptisé un chef du Leinster, celui-ci lui fit don d'une terre pour y établir une colonie religieuse et lui dit : « Je m'offre à Dieu et à toi, et avec moi j'offre toute ma race ; sois notre maître à tous. » Le centre du clan devenait ainsi un centre religieux, et le plus souvent il devint un monastère et un évêché. On sait que les évêques irlandais, à l'origine, étaient des abbés. Ce régime eut ses inconvénients Après quelques siècles de prospérité dont bénéficia toute l'Église, avec les Gall et les Colomban, l'Irlande tomba dans des désordres affreux. La réforme y fut introduite au xne siècle par saint Malachie, qui prit son mot d'ordre à Rome.

25. Les premières missions en Germanie furent peu fructueuses. Avant l'Anglo-saxon Winfrid, plus connu sous le nom de saint Boniface, quelques apôtres, Villibrord par exemple, avaient déjà essayé de défricher la Frise et les bords du Rhin. Mais leurs efforts étaient demeurés à peu près impuissants. C'est à Boniface, investi par l'autorité du pape Grégoire II des pouvoirs les plus étendus, que la Germanie dut proprement sa conversion. On estime à cent mille le nombre des païens qu'il

baptisa pendant le cours de son apostolat (715-755). Suivant le conseil de son ami Daniel, le vieil évêque de Winchester, Boniface mit d'abord toute sa confiance dans la modération : non insultando aut irritando, sed placide et magna cum moderatione. Mais la résistance qu'il rencontra auprès de certaines peuplades l'incita à changer de méthode. Charles-Martel venait de donner un témoignage de sa force et un gage de sa fidélité à l'Église en refoulant les Saxons jusqu'aux bouches du Weser. Boniface s'imagina que la puissance de ce bras donnerait quelque poids à son autorité ; il s'en ouvrit à son vieux conseiller Daniel : « Sans le patronage du prince des Francs, je me sens incapable de gouverner mon peuple : sans m'abriter sous son commandement et l'ascendant redoutable de son nom, je ne pourrai jamais mettre un terme aux rites sacrilèges des païens. » Tout n'était pas faux dans cette appréciation. Ce fut certes grâce au patronage de Charles-Martel que le saint put, dès le début de sa mission dans la Hesse, s'avancer hardiment et faire abattre un arbre sacré, cher aux idolâtres, le fameux chêne de Geismar. Sans le sauf-conduit du maire d'Austrasie, il est probable que les missionnaires auraient payé cher leur audace. Mais, cette opération terminée, Boniface comprit que douceur ferait plus que violence. Les moines qu'il installa à Amœneburg en Hesse, à Ohrdruff en Thuring, à Fulda et ailleurs encore, furent ses meilleurs auxiliaires pour achever l'œuvre commencée.

26. De toutes les peuplades germaniques la plus barbare peut-être était celle des Saxons. Un disciple de Boniface, saint Liudwin, voua sa vie, nous dit-on, à faire d'eux des enfants de l'Église et des alliés des Francs. Mais il n'était pas de taille à accomplir ce double miracle. Charlemagne y usa trente ans de son règne et, s'il vint à peu près à bout de son dessein, ce fut par l'emploi de la force presque autant que par les moyens de douceur. Sa première expédition, en 772, paraît n'avoir eu pour but que de terrifier les Saxons. Il pénétra directement dans le Westphal où se trouvait la fameuse idole, « la colonne du monde », Irmensul. On la mit à bas. Déconcertés par la chute de leur dieu, les païens firent la paix, accep-

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