XV. L'ÉGLISE LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE
tèrent des missionnaires chrétiens et offrirent des otages. Mais, le vainqueur éloigné, ils recommencèrent leurs déprédations. Ce ne fut qu'à la diète de Paderborn, en 777, qu'ils donnèrent des gages sérieux de soumission. A la suite d'une éloquente prédication de Sturm, abbé de Fulda, la plupart des chefs saxons demandèrent le baptême, qu'ils reçurent dans les rivières, revêtus de blanches tuniques, nous disent les chroniqueurs. Cependant, parmi les insoumis, restait le terrible Widukind, qui, à plusieurs reprises encore, devait agiter la Saxe et la précipiter contre les Francs. La bataille de Siïntal où il fut victorieux ne fit qu'accroître son audace. Charlemagne se décida à l'arrêter par un grand coup. Il convoqua, en 782, à Verden sur l'Aller, les chefs Saxons qui lui avaient juré fidélité et ordonna une enquête sévère. Quatre mille cinq cents coupables furent livrés par les Saxons eux-mêmes et décapités le même jour. Quelques mois plus tard, Charlemagne publiait le fameux Capitulaire de Saxe qui punissait de mort, non seulement les traîtres, les incendiaires et les meurtriers, mais aussi tous les Saxons qui refuseraient le baptême ou « afficheraient leur mépris du christianisme en violant la loi du jeûne ». Ces mesures extrêmes se ressentaient évidemment de la colère du grand empereur. La postérité les a jugées sévèrement. Et à cet égard Alcuin devança le jugement de la postérité. « A quoi sert le baptême sans la foi ? disait-il. Comment forcer un homme à croire ce qu'il ne veut pas croire ? Vous pouvez le forcer à recevoir le baptême, mais vous ne le forcerez pas à avoir la foi. » Et il conseille à Charlemagne d'imiter les Apôtres, qui donnaient « le lait des préceptes suaves » aux peuples dont la foi naissante avait besoin de ménagements. L'empereur était homme, au fond, à comprendre ces raisons. Toute sa législation témoigne de son grand sens chrétien. Dans les derniers temps de sa vie, il traita les Saxons avec plus de douceur, et il n'eut qu'à se féliciter de sa nouvelle méthode : Plus régis pietas et munificentia fecit quant terror, dit l'annaliste saxon. Dès lors, l'évangélisation du pays conquis se fit surtout par les moines.
27. Ce fut aussi un moine, saint Anschaire, sorti de l'abbaye saxonne de la nouvelle Corbie (ou Corvey),
qui gagna en grande partie le Danemark et la Suède au christianisme. Les premières tentatives des missionnaires qui parcoururent cette région avaient été décevantes. Les vieux Danois abusaient volontiers des rites chrétiens. Pour se concilier les bonnes grâces de Louis le Débonnaire, le roi Harald, sa femme, son fils et quatre cents de ses guerriers ne firent pas difficulté de recevoir le baptême, quitte à retourner plus tard sans autre scrupule au paganisme ancestral. L'apostolat de saint Anschaire (t 865), qui dura une trentaine d'années et s'exerça en Suède aussi bien qu'en Danemarck, mit fin à ces manœuvres déloyales. Peu à peu l'Église prit pacifiquement possession des deux provinces.
28. La Norvège fut traitée plus brutalement, si l'on en croit la Saga du Nord. Les princes de ce pays, une fois convertis, entendirent imposer de gré ou de force la foi à leurs sujets. Olaf Tryggvason, ayant fait proclamer par toute la Norvège que les Wikings eussent à recevoir le baptême, rencontra dans le nord une opposition à laquelle il était loin de s'attendre. Mais le glaive et la peine de l'exil eurent raison des résistances. En une année, nous dit-on, tous les Wikings devinrent chrétiens. La même méthode d'évangélisation fut appliquée aux îles Orkneys, à l'Islande et au Groenland, avec cette différence que la destruction des idoles suffit parfois à déterminer la conversion des idolâtres. De la sorte, au xie siècle, sous Olaf le Saint, la religion d'Odin avait fait place à la religion du Christ, d'un bout à l'autre du royaume.
29. Nombre de Wikings avaient quitté leurs fjords sans recevoir le baptême. Charlemagne les voyait déjà avec effroi menacer son empire. En plein ixe siècle, ils descendent sur les bords de l'Escaut, de la Seine et de la Loire, qu'ils pillent et qu'ils ravagent. Les évêques francs, notamment les archevêques de Reims et de Rouen, s'appliquent à les apprivoiser. Leur conversion fut une œuvre d'assez longue haleine. Baptisés, ils retournaient facilement à leurs idoles. Il semble cependant que le baptême de Rollon en 912 ait déterminé un changement considérable dans la vie religieuse des Normands. Les successeurs de Rollon sont des serviteurs dévoués de l'Église. La Normandie devient