XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE
Tune des provinces les plus chrétiennes et les plus prospères de toute la France.
30. Dès le ixe siècle, l'Église se tournait vers les Slaves qui occupaient le nord-est de l'Europe. Les premiers peuples qu'elle rencontra de ce côté furent les Bulgares et les Moraves. Le christianisme avait déjà pénétré lentement dans cette région par l'armée. Mais son action fut presque insignifiante jusqu'au jour où le chef des Bulgares, Boris ou Bogoris, se convertit (864). Baptisé par un évêque byzantin, avec l'empereur Michel l'Ivrogne pour parrain, Boris exigea que tous ses sujets se convertissent.Comme un certain nombre d'entre eux protestaient contre un pareil abus d'autorité, il fit massacrer cinquantedeux familles de boïards ou seigneurs, y compris les femmes et les enfants. On ne s'étonnera pas que le pape Nicolas. Ier ait blâmé hautement cet acte de barbarie. Heureusement Boris, qui avait des accès de colère sauvage, eut aussi quelquefois des éclairs de bon sens. Il comprit quel prestige il pouvait retirer de son commerce avec Rome. A maintes reprises, il se déclara « le serviteur de saint Pierre ». Sa confiance en la sagesse de Nicolas Ier nous a valu les célèbres Responsa Nicolai ad Bulgaros, qui forment un des documents les plus précieux du droit canonique. Mais en d'autres circonstances il traita son église comme si la papauté n'existait pas. C'étaient là des signes graves d'incohérence. Ils devaient s'accentuer sous les successeurs de Boris et conduire finalement la Bulgarie au schisme grec.
31. La Moravie n'avait reçu que les prémices de l'Évangile lorsque, en 862, son roi Ratiz demanda des missionnaires à l'empereur Michel l'Ivrogne. Les deux frères Cyrille et Méthode lui furent adressés. Ce fut une bonne fortune pour le pays. Les deux apôtres, d'une sagesse et d'un zèle éprouvés, avaient l'avantage de posséder à fond la langue slavonne. Ils en usèrent dans leurs prédications et l'introduisirent même dans la liturgie. Les Moraves ne résistèrent pas à de tels moyens de séduction. La méthode parut néanmoins abusive à quelquesuns et fut dénoncée à Rome. Mais, après mûr examen, le pape Jean VIII déclara solennellement, dans une lettre
adressée au successeur de Rastiz, le roi Swatopiuck, en juin 870, que rien ne s'opposait à ce qu'on chantât la messe en slavon, « Dieu étant aussi bien l'auteur de cette langue que de toutes les autres langues. » La Moravie aurait pu entraîner dans son orbite les nations voisines, mais son empire ne survécut guère au grand Swatopiuck. L'action civilisatrice et religieuse des Cyrille et Méthode s'étendit cependant, d'une manière directe ou indirecte, à tous les peuples de race slave et même aux Magyars de Hongrie.
32. Les Slaves de la Russie restèrent quelque temps hésitants entre le dieu Péroun qu'adoraient leurs ancêtres et le Christ que leur offrait l'Évangile. Sous leur roi Vladimir, en 998, le christianisme s'implanta d'un seul coup dans Kiev, « la mère des villes russes ». Vladimir venait de prendre femme et de recevoir le baptême à Constantinople. Il ramena son épouse en grande pompe et avec elle des prêtres chrétiens, des reliques de saints et des ornements d'église, comme on ramène des captifs, comme on rapporte un butin après la victoire. Arrivé près du Dnieper, il fit fouetter publiquement et précipiter dans le fleuve l'idole de Péroun. Il donna ensuite à ses sujets l'ordre d'embrasser le christianisme sans délai : « Quiconque, riche ou pauvre, ne viendra pas dès demain recevoir le baptême dans le fleuve, encourra ma disgrâce. » Tout le peuple obéit, nous dit-on. Et l'on vit les Kiewins se plonger dans le Dnieper, pendant que les prêtres, rangés sur la rive, récitaient solennellement la formule sacramentelle. Une conversion aussi subite et opérée pour ainsi dire à la baguette ne pouvait guère être que superficielle. Les écoles que fonda Vladimir et qu'entretint son successeur Iaroslaf le Grand firent pénétrer plus avant la foi dans l'âme du peuple russe. Mais le christianisme slave se ressentit toujours du vice de son origine. La Russie resta isolée de l'Occident. La foi lui était venue de Byzance, non de Rome. Ce fut la cause principale de sa faiblesse. Le jour où le schisme grec se déclara, l'Église russe s'y précipita comme d'elle-même.
33. La Pologne comprit mieux ses devoirs de nation chrétienne. Comme la Gaule mérovingienne, elle dut en