XV. L'ÉGLISE LATINE DU IVe AU XVe SIECLE
partie sa conversion à une femme. Le duc Mieczyslas ou Miesko épousa, en 965, une jeune princesse bohème, Dombrouka, la nièce de saint Wenceslas, qui apportait le christianisme dans sa corbeille de noces. Dombrouka communiqua sa foi à tout son entourage, et notamment à son époux. Le successeur de Mieczyslas, Boleslas Ghobry ou le Fort (992-1025), assura le triomphe complet de l'Évangile en appelant dans ses États les Bénédictins et les Camaldules, qui répandirent autour d'eux le sérieux de la vie chrétienne. Deux caractères signalèrent dès lors l'Église de Pologne : une tendre dévotion à la sainte Vierge et un ardent dévouement au Saint-Siège.
34. Les mêmes vertus caractérisèrent la Hongrie, qui entra à peu près en même temps que la Pologne dans le concert des nations catholiques. Un siècle environ après l'occupation de la Hongrie par les troupes Magyares, le jour de Noël de l'année 973, le duc Geiza recevait le baptême des mains de saint Adalbert de Prague, avec cinq mille de ses guerriers. Six ans plus tard, son épouse Sarolta donnait le jour à celui que l'Église devait placer sur les autels sous le nom de saint Etienne. Les services qu'Etienne rendit à la Hongrie permettent de le ranger parmi les plus grands rois chrétiens. Il aurait pu se placer sous la dépendance de l'Église byzantine ; bien des motifs semblaient l'y inviter. Mais il comprit que l'avenir était du côté de Rome et il se tourna vers elle. Le pape Sylvestre II lui remit, en l'an 1000, la fameuse couronne d'or qui devait être la marque de sa vassalité et il lui décerna en même temps le titre d' 'apostolique, en reconnaissance des services qu'il avait rendus à l'Église. Apostolique : c'est peu dire, ajoutait le pontife ; apôtre serait plus juste. Et de fait, c'est surtout à saint Etienne que la Hongrie doit son évangélisation.
Par la conversion de la Hongrie s'achevait la formation de l'Europe chrétienne. Après mille ans d'efforts, le paganisme avait cédé la place au Christ à peu près partout en Occident.
35. Ces efforts ne furent pas tous d'une égale valeur morale. Certes pour conquérir les barbares, l'Église avait eu à sa disposition un épiscopat généralement vertueux
et zélé. Nombre d'évêques de l'époque mérovingienne et carolingienne font grande figure dans l'histoire : les Césaire d'Arles, les Grégoire de Tours, les Didier de Cahors, les Éloi de Noyon, les Boniface de Mayence, les Anschaire de Brème, les Martin de Braga, les Cyrille et les Méthode, etc., représentent un apostolat tout à la fois généreux et fécond. Les moines, qui sortaient de partout à cette époque, notamment de l'Irlande, de l'Angleterre, de la Gaule et des bords du Rhin, cultivèrent avec non moins d'ardeur et de succès le champ qui était offert à leur zèle. La papauté dirigeait de loin, habilement et prudemment, cette armée de missionnaires, semeurs delà bonne parole. Mais on ne peut se dissimuler que le bras séculier se soit parfois substitué trop facilement à l'action morale de l'Église dans cette œuvre si complexe de l'évangélisation. Un Sisebut, un Tryggvason, un Vladimir, voire Charlemagne, dépassèrent sûrement les limites de la justice dans la pression qu'ils exercèrent sur leurs sujets récalcitrants. Les conversions qu'ils obtinrent ainsi par la force ne pouvaient être toutes de bon aloi. Les conversions en masse que détermina l'exemple des chefs de peuples ne valaient pas toujours mieux. On comprend que nombre de ces néophytes, baptisés sans préparation suffisante, aient fait peu d'honneur à la religion qu'ils venaient d'embrasser.
36. Une des conséquences de ces conversions collectives ou forcées fut la fréquence de l'apostasie. Nous avons cité l'exemple de Harald et de ses guerriers. U Histoire ecclésiastique de Bède et la Vie de Sturm, abbé de Fulda, en fourniraient aisément d'autres pour l'Angleterre et la Germanie. Nulle des nations barbares ne paraît en avoir été exempte.
37. Ce qui n'était guère moins grave, c'était le mélange de paganisme et de christianisme dont se composait quelquefois la religion des nouveaux convertis. Bède nous montre Retwald, roi d'Est-Anglie, érigeant dans son palais deux autels, l'un pour la célébration de la messe, l'autre pour le sacrifice aux idoles. Si des princes pouvaient tomber dans une pareille aberration, à plus forte raison leurs sujets n'y échappaient-ils pas tous.