‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 214 sur 306 · XV. L'ÉGLISE LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE · texte numérisé non relu

XV. L'ÉGLISE LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE

L'Indiculus superstitionum et paganiarum, dressé aii concile de Leptines, en 743, et les canons du concile de Cloveshoe, tenu en 749, attestent pour la Germanie et l'Angleterre combien les pratiques idolâtriques ou superstitieuses tenaient encore de place dans les habitudes des peuplades barbares devenues chrétiennes. A défaut de documents, il est permis de conjecturer que les autres nations ne rompirent pas plus complètement, du premier coup, le charme du paganisme ancestral.

Cette remarque ne s'applique qu'à la masse des fidèles, mais elle s'y applique largement. On a même prétendu que l'entrée des barbares dans l'Église avait « paganisé » en quelque sorte les doctrines et les pratiques du christianisme. C'est aller un peu loin. L'Église a toujours maintenu hautement les principes dont elle avait la garde et en a surveillé jalousement l'application. Ce qui est vrai, c'est qu'elle n'a pu empêcher certaines infiltrations de coutumes païennes, telles que les ordalies ou jugements de Dieu, l'épreuve de l'eau bouillante, le duel, etc., de se produire. Mais avec le temps elle devait finir par éliminer ces restes d'une civilisation inférieure.

38. Les mœurs des barbares ne furent pas non plus changées d'un seul coup. A lire Grégoire de Tours, on voit que les Francs n'avaient guère dépouillé le vieil homme au vie siècle. Et les siècles suivants n'offrent pas de spectacle beaucoup plus consolant. Les Pénitentiels, où se trouvent cotées et tarifiées les fautes des fidèles et des clercs, nous font une énumération de délits ou de crimes plus abominables les uns que les autres. Il est vrai que l'examen de conscience de l'humanité ou même de la société chrétienne, à un moment donné de l'histoire, doit toujours comprendre et prévoir les cas les plus extraordinaires de la criminalité. Mais l'insistance avec laquelle les canonistes du haut moyen-âge ont signalé certains vices particulièrement graves de leurs contemporains, semble indiquer que ces monstruosités n'étaient pas tout à fait rares. Du moins, à côté des maux, se trouvait le remède. L'Église qui les signale s'offrait à les guérir.

39. L'état politique de la chrétienté au xe siècle mit le comble au désordre social, moral et religieux. Infidèle

à ses devoirs *t notamment au célibat que l'Église lui avait imposé depuis le ive siècle, le clergé paraissait ne plus comprendre sa mission sanctificatrice. La simonie rendait d'ailleurs particulièrement odieuse la forme de son recrutement. Il n'est pas jusqu'à la papauté qui n'ait donné alors des signes d'une décadence en apparence irrémédiable. Sur le trône de saint Pierre siégeait, à la honte de l'Église, un Serge III, un Jean XII et un Benoît IX, créatures d'une Théodora ou d'une Marosie. On pouvait croire tout perdu (malgré le nombre considérable de saintes âmes que fournit encore le xe siècle), quand soudain le salut vint d'un côté où on ne l'attendait plus.

Il vint des moines et de la papauté même.

40. Cluny, fondé en 910, se donna pour mission de régénérer la vie monastique. Et grâce à ses abbés, saint Odon, saint Mayeul, saint Odilon, saint Hugues, le programme de réforme qu'il se traça fut merveilleusement exécuté. Non seulement on vit renaître dans l'intérieur du monastère ces fleurs de vertus, ce christianisme concentré qui forme l'essence même de la règle bénédictine, mais on trouva le moyen d'étendre à presque tout l'Occident les bienfaits de cette régénération. La décadence des monastères était venue surtout de leur isolement. Pour assurer le succès de la réforme, Cluny s'affilia abbayes et prieurés. Ainsi naquit la première congrégation bénédictine. L'abbé de Cluny en était le chef, avec un pouvoir presque illimité. Les maisons soumises à son autorité étaient répandues par toute la France, l'Angleterre, les Pays-Bas, l'Espagne, l'Allemagne et l'Italie. On en compta jusqu'à deux mille. Avec ses mains longues et étendues, l'abbé de Cluny semait donc, à travers l'Europe défaillante et déchue, des germes et des promesses de résurrection.

41. Ces promesses, ce fut surtout la papauté qui se chargea de les réaliser. La querelle des investitures, à laquelle était liée si étroitement la question de la simonie, mettait aux prises l'Église et l'État. Le pontife romain était seul capable de porter le fer dans une plaie qui gangrenait la chrétienté presque tout entière. Saint Léon IX et Nicolas II avaient accompli des réformes partielles. Il était réservé

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