XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE
à Grégoire VII d'opérer à fond. Non content de frapper les prêtres mariés et les simoniaques, il s'attaqua directement à l'empereur, le complice, sinon l'auteur responsable de presque tout le mal. Henri IV vint àCanossaen pénitent et se soumit à toutes les exigences du pape. Mais Grégoire VII n'en dut pas moins fuir plus tard à Salerne, où il mourut en prononçant la parole fameuse : « J'ai aimé la justice et haï l'iniquité ; c'est pourquoi je meurs en exil. » Gluny, qui l'avait aidé dans son œuvre réformatrice, lui donna des successeurs dignes de la continuer, Urbain II, Pascal II, Gélase II, Calixte II. Il est vrai que Pascal II crut pouvoir abandonner à Henri V les investitures, sous la condition expresse que la liberté des élections serait garantie ; mais il dut revenir sur cette extrême et périlleuse condescendance, devant l'émotion de l'Église et de Cluny, en particulier qui ne pouvait croire qu'une telle promesse fût fidèlement observée. Calixte II enfin, par un de ces arrangements qui ne se trouvent qu'au terme des grandes luttes, réconcilia pour un temps les deux puissances en accordant à l'Empire le droit d'investir par le sceptre — signe de la puissance temporelle — les évêques et les abbés que l'Église investirait par la crosse et par l'anneau, symboles de leurs pouvoirs spirituels. De la sorte la simonie était atteinte dans ses forces vives, et les maux qu'elle engendrait allaient disparaître en partie. Une ère de paix relative, de grandeur et de progrès s'ouvrait de nouveau pour l'Église.
La Chrétienté au moyen-age. — Grandeur et décadence
42. La papauté, qui s'était ressaisie avec les grands pontifes du xie siècle, et qui allait faire voir pendant plusieurs siècles la mesure de sa force, domine tout le moyen âge. Elle donne à l'Église son unité, sa cohésion ; elle en fait ce qu'on a si bien appelé la chrétienté. Nul pontife ne personnifie mieux cette domination universelle
que le pape Innocent III, qui ne fait d'ailleurs que réaliser ce que les plus grands de ses prédécesseurs avaient préparé ou ébauché. De Grégoire VII ou même de Nicolas Ier à Boniface VIII, la papauté revendique, non seulement sur les églises particulières, mais encore sur l'empire et sur les royaumes, une souveraineté qui ne connaît pas de limites. Cette revendication suppose un droit, et ce droit repose non pas, comme on le répète trop souvent, sur l'ambition et sur l'orgueil, mais sur des titres divers, inégalement authentiques.
43. La suprématie spirituelle que l'Église romaine exerçait sur les églises particulières au temps de saint Léon le Grand, ne fit que s'affirmer au cours des siècles suivants, par la force même des choses. Quoi qu'on en ait dit, les Fausses Décrétales ne furent pour rien (ou à peu près) dans ce développement de l'autorité papale. Évêques, moines, fidèles recouraient volontiers d'eux-mêmes au tribunal du souverain pontife. Ce fut le principe d'une centralisation à outrance : saint Bernard en dénonçait déjà les excès et les abus dans son traité De consideratione. Rome devint une sorte de palais de justice universel. Non seulement toutes les causes majeures y étaient déférées, mais les causes mineures même y affluaient. Sans doute les meilleurs esprits auraient souhaité que la cour romaine respectât et sauvegardât les droits particuliers des évêques. « Vous vous trompez, disait l'abbé de Clairvaux au pape Eugène III, si vous croyez que votre puissance, pour être souveraine, a été seule instituée par Dieu. » Mais personne n'eût songé à mettre en doute que l'autorité religieuse du pape s'étendît à l'Église universelle. Ce fut seulement au temps du grand schisme d'Occident que se fit jour l'idée que cette autorité, au moins en certains cas, pouvait être inférieure à celle des conciles.
44. En dehors de son domaine purement spirituel, en dehors même de son domaine temporel — dont elle dut l'affermissement et l'extension à Pépin et à Charlemagne — la papauté exerça au moyen âge une suprématie très réelle, sinon incontestée, sur les princes et les principautés.
45. Ce n'est guère qu'à partir de Léon III que les pontifes romains se considérèrent non seulement comme