XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE
les tuteurs des princes, mais encore comme les dispensateurs des couronnes et des "royaumes. La fameuse Donation de Constantin venait de faire son apparition à Rome et probablement dans la chancellerie du Latran, vers 774. Il n'est pas sûr que le pape ait voulu en faire état quand il couronna Charlemagne le jour de Noël de Tan 800. Mais par ce geste symbolique il montrait au monde que le nouveau Constantin lui devait ce qu'il y avait de puissance et de majesté contenues dans le titre impérial. « Suivant les idées qui prévalurent plus tard, l'empereur avait des droits sur l'Occident tout entier, et ces droits il les tenait du pape, son consécrateur. Mais le pape d'où les tenait-il ? La Donation répond. Le pape les tenait de Constantin, qui avait cédé à saint Silvestre om?ies Italiœ sive occidentalium regionum provincias, loca et civitates (1). » Comme il en était le maître, il était libre d'en disposer à son gré. Et s'il en disposait en faveur de l'empereur, celui-ci devenait par là même son subordonné.
46. Les rois n'échappaient pas à cette tutelle. Lorsque Henri II d'Angleterre voulut envahir l'Irlande sous prétexte d'y porter la réforme religieuse, il demanda au pape Adrien IV l'autorisation de s'en emparer. C'était une manière de reconnaître la suzeraineté du souverain pontife sur l'île sainte. Et Adrien IV n'hésite pas, en vertu du droit que lui conférait sur toutes les îles la prétendue donation de Constantin, à favoriser par une bulle l'expédition du roi envahisseur.
47. Au moyen âge, personne ne doute de la réalité et de la valeur juridique de la fameuse Donation. Grégoire IX s'imagine qu'il va confondre les prétentions de Frédéric II par cet argument : « Il est notoire que Constantin, à qui appartenait la monarchie universelle, a voulu que le vicaire du -prince des apôtres, qui avait l'empire du sacerdoce et des âmes dans le monde entier, eût aussi le gouvernement des choses corporelles dans tout V univers. Il pensait, en effet, que celui-là devait régir les choses ter-
(1) Duchesne, Les premiers temps de V État pontifical, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses, t. i, 1896, p. 285.
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restres à qui Dieu avait confié le soin des choses célestes. C'est pourquoi il a remis à perpétuité au pontife romain le sceptre et les insignes impériaux, avec Rome et tout son duché et Y Empire même, considérant comme infâme que là où le chef de la religion chrétienne avait été institué par l'Empereur céleste, un empereur terrestre pût exercer aucun pouvoir. Abandonnant donc l'Italie au siège apostolique, il s'est choisi en Grèce une nouvelle demeure, et depuis, quand l'Église, imposant le joug à Charlemagne, a transféré le siège de l'Empire en Germanie, quand elle a appelé vos prédécesseurs et vous à siéger sur le tribunal impérial, quand elle cous a concédé, au jour de votre couronnement, la puissance du glaive, elle n'a entendu diminuer en rien la substance de sa juridiction ... Gardezvous de méconnaître le pouvoir qui vous a fait ce que vous êtes. »
48. Au xme siècle, on entreprit de faire remonter plus haut même que Constantin la suprématie papale. Pourquoi ne serait-elle pas inhérente à la fonction même du souverain pontificat ? Dans ce système, la donation de Constantin ne serait que le signe sensible du pouvoir que le chef de l'Église possède sur le monde en vertu de son office. C'est la théorie que développe Innocent IV (août-septembre 1245) : « En dehors de l'Église, écrit-il, on ne bâtit que pour l'enfer et il n'existe point de pouvoir qui soit ordonné de Dieu. C'est donc mal envisager les faits et ne pas savoir remonter à l'origine des choses que de croire que le siège apostolique n'est en possession des choses séculières que depuis Constantin. Avant lui ce pouvoir était déjà dans le Saint-Siège en vertu de sa nature et de son essence. Succédant à Jésus-Christ, qui est tout ensemble le vrai roi et le vrai prêtre selon l'ordre de Melchisédech, les papes ont reçu la monarchie non seulement pontificale, mais royale, et l'Empire non seulement céleste mais terrestre. Constantin n'a fait que résigner entre les mains de l'Église une puissance dont il usait sans droit quand il était en dehors d'elle ; et une fois incorporé dans son sein, il a obtenu par la concession du vicaire de Jésus-Christ une autorité qui, seulement alors, est devenue légitime. C'est dans l'Église que sont déposés les deux glaives, emblème