XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE 42î
Pontificis jurisdictionem, dénient au pape toute autorité sur les princes et sur les choses temporelles. Dante, dans son De monarchia, essaye d'être plus équitable : « L'homme dit-il, a besoin de deux guides ici-bas, l'un pour le conduire à sa fin temporelle et l'autre pour le conduire à sa fin éternelle. » Cette double mission est dévolue au pape et à l'empereur, qui doivent s'aider l'un l'autre, mais sont en principe indépendants l'un de l'autre. César doit le respect à Pierre, mais « l'autorité de la monarchie temporelle dérive, sans intermédiaire, de la source même de l'universelle autorité » : Sic ergo patet quod auctoritas temporalis monarchiœ sine ullo medio in ipsum de fonte universalis auctoritatis descendit. C'était faire bon marché du principe de la hiérarchie féodale et, par conséquent, de la suprématie papale ; c'était opérer théoriquement la séparation des deux pouvoirs.
53. Cette séparation finit par s'acccomplir dans la pratique. Boniface VIII eut beau déclarer que, « de droit, les Français sont et doivent être subordonnés au roi des Romains et à l'empereur, » de jure sunt et esse debent sub Rege Romano et Imperatore, et par ce moyen au souverain pontife. Philippe le Bel s'obstina à vouloir ne tenir son autorité que de Dieu, sans nul intermédiaire humain. Et son entourage, y compris les évêques de France, l'entretint dans cette persuasion. Un peu plus tard, l'empereur d'Allemagne, Charles IV, trahira de même la confiancede la papauté. Par le célèbre édit connu sous le nom de Bulle d'or (1356), il dégagera l'Empire de toute tutelle. Ainsi, en Allemagne aussi bien qu'en France, les droits du Saint-Siège en matière temporelle furent répudiés, l'indépendance du prince et celle de la nation proclamées. A l'ancien régime de la chrétienté hiérarchisée succède un régime nouveau, celui des nationalités séparées. La papauté dut faire son deuil de la suzeraineté qu'elle avait si longtemps exercée sur les royaumes d'Occident. Un jour devait même venir où elle (Léon XIII) consacrerait solennellement le nouvel ordre de choses et reconnaîtrait que les deux puissances sont, à certains égards, indépendantes l'une de l'autre et que chacune d'elles,, dans sa sphère, n'a pas de supérieure ici-bas : utraque
in suo génère maxima ; neutra paret alteri (Encycliques Immortale Dei et Sapientiœ christianœ).
L'Église romaine n'avait pas seulement à se défendre contre les princes temporels ; il lui fallait aussi essayer de réduire les schismatiques, les musulmans et les hérétiques, qui, d'une manière ou d'une autre, violaient le domaine dont elle avait la garde.
54. Le schisme grec, on le sait, a son origine dans la courtisanerie séparatiste des patriarches de Constantinople, aussi bien que dans leur ambition. On se demande sur quoi s'appuyait le concile de Chalcédoine (451) quand il osait déclarer : « Les Pères ont décerné avec raison des honneurs au siège de l'ancienne Rome parce qu'elle avait le rang de capitale ; de même nous (Constantinople), » etc. Cette décision des Pères est encore à trouver. A force de se considérer comme les titulaires du siège épiscopal de la nouvelle capitale, les évêques de Constantinople en vinrent à s'égaler, ou peu s'en faut, aux évêques de Rome. De là le titre de patriarche œcuménique que leur reprochait déjà saint Grégoire le Grand. En cette qualité un Photius estimait qu'il pouvait être arbitre de la doctrine et de la discipline, aussi bien que le pape. Les chicanes qu'il adressait à l'Église romaine sur le Filioque, sur certains usages liturgiques, sur le jeûne du carême, n'étaient que de vains prétextes ou de minces raisons pour secouer le joug de l'autorité papale. Michel Cérulaire n'en avait pas de plus fortes au milieu du xie siècle. Le cardinal-évêque Humbert de Sylva Candida les réfuta avec infiniment d'esprit et de bon sens. Il est seulement à regretter qu'il ait cru devoir assaisonner ses arguments d'invectives violentes ou même outrageantes. Mais la rupture était inévitable. Léon IX la prononça. Le 16 juillet 1054, un décret d'excommunication contre Michel Cérulaire fut déposé sur l'autel de Sainte-Sophie à Constantinople. Le patriarche y répondit par le mépris. C'était le schisme.
Pendant quelques années, durant le cours du xve siècle,