XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE
on nourrit l'espoir de renouer les liens rompus entre les deux grandes chrétientés, si tristement séparées. L'accord des évoques grecs et latins s'établit sur tous les points de doctrine et de discipline au concile de Florence (1439). Eugène IV proclama l'union des deux Églises dans le décret Lœtentur cœli. Ce ne fut qu'une fausse joie. Les évèques grecs ne retrouvèrent pas, en rentrant dans leurs diocèses, les dispositions de paix sur lesquelles ils avaient compté. En moins de quinze ans, on vit le schisme renaitre. Lorsque Constantinople fut prise par Mahomet II (29 mai 1453) un personnage hostile à l'union, Gennadius, monta sur le siège patriarcal. C'en était fait des espérances qu'avait données le concile de Florence.
55. Mahomet représentait un autre péril qui menaçait la chrétienté. Depuis de longs siècles déjà, Jérusalem et les lieux saints étaient à la merci des musulmans. Était-il possible de les leur reprendre ? Les papes le crurent. Silvestre II et Grégoire VII s'adressèrent pour cela aux princes chrétiens, qui firent la sourde oreille. Urbain II fut plus heureux au concile de Clermont (1095) ; ses porteparole, entre autres le fameux Pierre l'Ermite, déterminèrent la première expédition en Terre-Sainte. En 1099, Jérusalem et nombre d'autres villes furent prises par les Croisés. Godefroy de Bouillon, l'un de leurs chefs, s'installa à Jérusalem en qualité de roi. Par malheur le retour offensif des musulmans qui se renouvelait périodiquement rendait fort précaire la conquête des Occidentaux. La félonie des Grecs de Constantinople formait un danger de plus, qu'il était difficile de conjurer. Louis VII et Conrad III, que saint Bernard, à l'instigation d'Eugène III, avait lancés à la défense de l'Orient latin, eurent à souffrir des schismatiques presque autant que des musulmans. Les princes d'Europe combinaient d'ailleurs fort mal leurs efforts pour assurer le triomphe définitif des Latins en Orient. La quatrième croisade due à l'initiative d'Innocent III, au lieu d'opérer par l'Egypte comme l'exigeaient les circonstances, fut dérivée sur Constantinople par la faute des Vénitiens. Et, ce qui rendit plus funeste encore cette fausse manœuvre fut l'établissement à Constantinople d'un empire latin (1204) qui ne pouvait être
qu'éphémère et qui devait donner désormais à l'hostilité des Grecs un motif plausible. En 1219, le roi de Jérusalem Jean de Brienne se porta contre le sultan d'Egypte et eut la bonne fortune de s'emparer de Damiette. Mais deux ans plus tard, il dut évacuer le pays conquis. Et d'année en année, les musulmans enserrèrent de plus près les possessions latines d'Orient. Vainement Louis IX, de sainte mémoire, se jeta en Egypte pour atteindre la Palestine. Son effort échoua. Et lorsqu'il voulut, après un court séjour en France, entreprendre une nouvelle expédition, la mort l'attendait aux portes de Tunis (1270). C'était la lin des croisades. Malgré l'appel réitéré des papes, aucune nation ne put se résoudre à dépenser ses forces une fois encore dans ces guerres lointaines où les échecs succédaient régulièrement aux victoires.
En définitive, le but immédiat des croisades fut manqué : le saint sépulcre restait aux mains des infidèles auxquels on avait voulu l'arracher. Et, qui pis est, l'islamisme, profitant de ses avantages, poussa sa pointe jusqu'en Europe. Si îa. menace que ses progrès formaient pour la civilisation occidentale ne fut pas arrêtée, ce ne fut certes pas la faute des papes. L'échec des croisades pèse uniquement sur la conscience des princes chrétiens, qui ne surent pas sacrifier leurs intérêts personnels à l'intérêt général de la chrétienté. « Cependant le sang versé et les sommes énormes que ces guerres avaient coûté ne furent pas perdus pour l'Occident, car l'immense développement qu'atteignirent à cette époque même toutes es branches de l'industrie humaine, le commerce et les arts, les lettres et les sciences, l'architecture surtout et les beaux-arts, doit être attribué en grande partie à ces expéditions d'Orient, qui étendirent l'horizon intellectuel des sociétés au moyen âge et les initièrent à la connaissance des civilisations grecque et arabe (1). »
56. La lutte que l'Église livrait à ses ennemis du dehors n'était interrompue que par celle qu'elle avait à soutenir contre ses ennemis du dedans. Au moyen âge, ce furent surtout les Cathares et les Yaudois qui provoquèrent
(1) Funk, Histoire de V Église, trad. Hemmer, t. i, p. 498.