XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE 42S
par leurs attaques sa juste colère et une sévère répression. Pierre de Bruys, les Henriciens et Arnaud de B rescia, Wieleffet Jean Huss, n'appellent ici qu'une simple mention.
Nous n'avons pas à analyser la doctrine des Cathares, plus connus en France sous le nom d'Albigeois. C'est une sorte de manichéisme où domine la croyance à un principe mauvais, auteur de tous les maux et notamment auteur du corps humain. Comme les âmes ne peuvent se passer d'un corps, contribuer à propager la vie c'est collaborer à l'œuvre de Satan. La génération est donc un mal. Aussi les Cathares réprouvaient-ils absolument l'union des sexes. Qu'une femme, même légitimement mariée, vînt à concevoir, c'était le plus grand malheur qui pût lui arriver ; elle avait littéralement « le diable au corps. » Avec lo mariage, les Cathares condamnaient l'usage de la viande et de tout ce qui sort des animaux, œufs ou lait. Ils réprouvaient le serment, la guerre, la peine de mort et l'obéissance à toute autorité temporelle. Ils professaient un souverain mépris pour les églises, les sacrements, la croix et les images. Bref, ils sapaient par la base l'Église catholique, son dogme et sa morale.
La secte, qui venait de Bulgarie, s'était surtout répandue dans le nord de l'Italie et dans le midi de la France. Saint Bernard essaya de convertir les Albigeois et parut réussir. Mais à peine était-il rentré dans son monastère qu'ils reprirent de plus belle leur propagande. Il fallut organiser contre eux une sorte de croisade. Comme ils s'attaquaient publiquement aux institutions ecclésiastiques, voire aux monuments religieux, on répondit à leurs violences par la violence. Simon de Mont fort et ses milices eurent la main dure. Et le pape Innocent III déplora que le glaive fit tant de victimes. Pour en finir plus humainement avec la secte, on institua le tribunal de l'Inquisition.
57. Déjà, en 1184, on avait prescrit aux évêques de faire une enquête par eux-mêmes ou par des commissaires dans les localités suspectes, et à l'autorité civile de sévir contre les coupables qui lui seraient livrés. La peine était Y animadversio débita, qui comprenait d'abord l'exil, la confiscation et la prison ou simplement des pèlerinages, et qui finit par comprendre la mort, voire la mort
par le bûcher. Comme l'inquisition épiscopale n'offrait pas toutes les garanties de zèle désirées par l'Église, le pape Grégoire IX établit, en 1231, un tribunal spécial qu'il confia aux dominicains. C'est ce qu'on a appelé l'Inquisition papale ou Inquisition monastique. Innocent IV autorisa les inquisiteurs à employer la torture pour obtenir les aveux des inculpés. Lorsque le jugement comportait la peine de mort (obstinés, relaps), on livrait le coupable à l'autorité civile, au bras séculier, suivant l'expression consacrée.
L'Inquisition a été jugée fort sévèrement par les modernes ; on lui a reproché surtout ses moyens d'instruction (la torture) et le nombre de ses victimes.
Tout le monde reconnaît que la torture est un abominable moyen d'obtenir les aveux d'un inculpé. Le pape Nicolas Ier l'avait déclaré, au nom de l'Église, dès le ixe siècle. Il est sûrement regrettable que le pape Innocent IV ne s'en soit pas tenu à une doctrine aussi sage. Mais la faute en est surtout à son temps, qui ne comprenait plus ce qu'un pareil moyen d'information avait d'inique et de barbare.
Quant aux victimes de l'Inquisition, si l'on a en vue celles qui furent livrées au bras séculier, on en exagère trop aisément le nombre. Il n'est nullement paradoxal d'affirmer que les hérétiques ont gagné à être jugés par l'Inquisition monastique. Il suffit de rappeler ce que furent les vengeances religieuses exercées par les foules ou même par un empereur qui affectait déjà au xme siècle des airs de libre-penseur, Frédéric II, pour comprendre que les tribunaux qui sont l'œuvre des papes réalisaient un véritable progrès dans l'exercice de la justice. Non seulement ces tribunaux ont fermé l'ère des exécutions sommaires, mais encore ils ont diminué considérablement le nombre des condamnations qui avaient pour conséquence la peine de mort. Les documents en font foi. Et un écrivain qu'on ne saurait suspecter de tendresse pour l'Église, M. Charles Lea, a pu écrire en toute vérité : « Le bûcher de l'Inquisition n'a fait, comparativement, que peu de victimes (1). »
(1) Histoire de V Inquisition, trad. française, t. i, 1903, p. 480.