XI. LA RELIGION D'iSRAEL
création, dans le Code sacerdotal aussi bien que dans le document yahwiste (Gen., i, 26-30 ; n, 7, 8), nous montre en Adam le roi de l'univers, le maître de tout ce qui vit et se meut ici-bas. De plus, un verset du récit yahwiste (Gen., ii, 7) nous renseigne avec une grande précision sur sa nature : Yahweh, nous dit-il, a façonné l'homme de mottes de terre, il a soufflé dans ses narines un souffle de vie, et l'homme est devenu un être vivant. Ainsi l'homme se compose de deux éléments. L'un est matériel et tiré de la terre ; c'est le corps, ou la chair, selon la signification précise du mot bcïsàr. Quant à l'élément spirituel, il est désigné par deux noms. On l'appelle néphé*, mot que l'on peut traduire, mais seulement d'une manière approximative, par âme. Le nêphés est considéré comme distinct du corps; on ne mange pas le sang avec la chair pour ne pas manger le néphés avec la chair (Deut., xn, 16, 23). Il apparaît comme le principe de vie, au point que souvent on use de ce mot pour exprimer la vie elle-même (Gen., xliv, 30; Ex., xxi, 23; II Sam., i, 9; xiv, 7). Il est aussi principe d'opération et, à ce titre, il englobe tout ce que nous appelons facultés de l'âme : on lui attribue les sentiments, les actes de l'intelligence et de la volonté (Ps. cvn, 9 ; Deut., x, 12 ; Jer., vi, 8; Ps. cxxxix, 14. etc.). Il en vient à désigner le motlui-même (Ps. vi, 6; xxxiv, 23). Son siège est le plus souvent placé dans le sang ; à mesure en effet que le sang s'écoule, la vie va s'affaiblissant (Deut., xn, 16, 23). A côté de ce premier terme, on trouve le mot rûah, ou esprit, qui à son tour désigne le principe de vie — la vision des ossements desséchés, dans Ézéchiel, est significative à cet égard (Ez., xxxvn, 1-10) — et le principe d'opération (Job, xx, 3 ; Prov., xvn, 22, etc.), qui, en somme et malgré certaines distinctions secondaires, est synonyme de néphés. Or d'où vient l'esprit de l'homme ? Le récit yahwiste de la création nous montre Dieu qui répand dans les narines de la statue d'argile son propre souffle — le terme employé, rfsàmâh, est synonyme de rûalj — et c'est alors que l'homme acquiert la vie ; l'esprit de l'homme est une communication de l'esprit de Dieu. Il y a bien à cet égard quelques analogies entre l'homme et l'animal ; de ce dernier aussi le corps est tiré Hist. Rel. — ii — 4
du sol (Gen., n, 19), et c'est l'esprit de Dieu qui lui donne la vie et la lui maintient (Ps. civ, 29, 30). Mais nulle part il n'est question, à propos de ranimai? d'une communication aussi immédiate et aussi intense du souffle divin qu'à propos de l'homme.
58. Aux yeux des Israélites les conditions actuelles de l'humanité ne sont pas primitives ; le récit de la chute explique leur origine (Gen., m). Placé dans le jardin d'Éden, qui apparaît comme la demeure privilégiée de Yahweh ici-bas, l'homme était appelé à vivre en son intimité, à le rencontrer sans cesse et à s'entretenir avec lui (Gen., n, 16, 18, 23 ; ni, 8-10). Dans un pareil état, l'homme ne pouvait qu'être heureux ; travaillant une terre d'une exceptionnelle fécondité, il y trouvait sans peine sa nourriture et son agrément (Gen., n, 9); il n'avait rien à redouter des animaux. Souffrance et maladie lui étaient inconnues; il ignorait même cette dégénérescence morale dont la pudeur est le signe (Gen., n, 25). De par sa constitution, l'homme devait mourir et retourner à la terre de laquelle il avait été tiré (1) ; mais la malédiction qui fait de la mort le châtiment du péché, témoigne que Dieu avait gratifié Adam du don de l'immortalité. Aussi bien Dieu luimême se chargeait d'entretenir sa vie comme d'ouvrir son âme à la connaissance des secrets de la nature et la vie morale. On sait quelle fut la suite du mouvement d'orgueil qui poussa Adam et Eve à vouloir devenir semblables à Dieu (Gen., m, 5). Les yeux de l'homme s'ouvrirent et la perte de son innocence éveilla des sentiments nouveaux (Gen., m, 7, 10, 11). Puis les malédictions divines déchaînèrent tous les maux dont gémit l'humanité. Mal physique du travail pénible (Gen., ni, 17-19), de la maladie, de la souffrance qui commence au premier instant de l'existence (Gen., m, 16; Sap., vu, 3). Mal moral : l'homme apporte ici-bas les plus mauvais instincts; il boit l'iniquité comme l'eau (Job, xv, 16), il ne saurait être juste devant Dieu ni pur en sa présence (Job, xv, 14). Cette faiblesse devient même à l'occasion une circonstance atténuante
(1) Gen., m, 19. L'allusion à n, 7, semble claire et paraît bie.i indiquer que l'homme n'a été créé immortel que par privilège.