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XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE

Il n'en est pas moins vrai que l'Inquisition, au moins dans ses jugements contre les relaps, offrait certains caractères de dureté qui semblent en désaccord avec la tradition de TÉglise primitive et les principes de la mansuétude évangélique. C'est évidemment une des raisons pour lesquelles elle est devenue particulièrement odieuse à notre siècle, épris de tolérance.

58. L'Église avait des armes moins brutales pour combattre l'hérésie, elle avait ses écoles et ses docteurs. Le moyen âge a fourni nombre de philosophes et de théologiens de premier ordre. Saint Anselme, moine du Bec et plus tard archevêque de Cantorbéry (f 1109), fut un novateur et un heureux novateur (Proslogion, Cur Deus homo). La tendance de son esprit est caractérisée par une de ses maximes favorites : Credo ut intelligam. Pierre Abélard (1079-1142) prit le contre-pied de cette méthode et choisit pour devise: Intelligo ut credam. Le Sic et Non, où il recueille le pour et le contre sur chaque question de théologie, a pu le faire considérer comme un contempteur des Pères ou même de l'Écriture. En réalité il fournissait une base solide à la méthode critique que saint Thomas devait illustrer par sa Somme théologique. Il semble bien que, en introduisant la disputatio dans l'enseignement de la théologie, Abélard soit, malgré ses erreurs et sa condamnation au concile de Sens (1140), le vrai père de la scolastique. Hugues de Saint-Victor, avec sa Summa S ententiarum, Robert Pullus,'JPierre Lombard, Robert de Melun, qu'ils le veuillent ou non, sont ses disciples, Pierre Lombard (f 1164) mérite une mention spéciale pour son Sententiarum libri quatuor. Cet ouvrage, qui fut d'abord très discuté, obtint une vogue si considérable qu'il valut à l'auteur le nom de Maître des Sentences. Il devint même, pour le reste du moyen âge, l'unique manuel de la théologie et fournit invariablement aux divers professeurs le thème de leurs commentaires. C'est sur ce thème que s'exercèrent les Alexandre de Halès (f 1245), les Albert le Grand (t 1280),

Jes Thomas (TAquin (f 1274), les Bonaventure (f 1274), les Duns Scot (f 1308), etc. Saint Thomas (TAquin (Doctor angelicus) y gagna la réputation de prince de la scolastique, que sa Summa contra gentiles et sa Summa theologica ont consacrée. Un peu plus tard, Roger Bacon à Oxford et l'espagnol Raymond Lulle donnaient à la science ecclésiastique un nouveau lustre.

59. Les écoles où enseignèrent les maîtres de la scolastique s'étaient établies à côté de celles des cathédrales et en dehors d'elles. Elles formaient des institutions libres, où les docteurs qui avaient choisi le professorat comme but de leur existence, distribuaient l'enseignement. Sans règlement d'abord ni stabilité, elles finirent par se donner une organisation (xiie-xme siècles) et se constituer en Studia generalia ou universités. C'est ainsi que s'érige, vers la fm du xne siècle, l'école supérieure ou Université de Paris. Tous les maîtres des différentes branches de l'enseignement, théologie, droit, médecine et philosophie, s'y coudoient. Leur corporation fut expressément reconnue au commencement du xme siècle. Vers le même temps et tout aussi spontanément naquirent les universités de Bologne et d'Oxford. Puis viennent Cambridge, Montpellier, Orléans, Angers, Modène, Sienne, Padoue, Verceil, Naples. Rome même aura son université en 1244. Remarquons qu'elles appartiennent aux pays latins, sauf l'Angleterre. L'Allemagne attendra le milieu du xive siècle pour avoir les siennes : Prague, Vienne, Heidelberg, Cologne, Erfurt. « Les plus renommées de ces universités furent celles de Paris et de Bologne : celle-ci, pour sa faculté de droit ; celle-là, pour ses chaires de théologie. On dit que Paris ne comptait pas moins de trente mille étudiants. C'est une exagération ; mais il reste que l'université de cette ville a brillé au premier rang pendant le moyen âge, au point de compter, après la papauté et l'empire, comme une sorte de troisième puissance (1). » Et Rome encourage tous ces centres d'études et de vie intellectuelle. Pour savoir quel prix elle attache à leur développement, il n'y a qu'à consulter par exemple

(1) Funk, Histoire de f Église, trad. Hemmer, t. i, p. 551.

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