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XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE

les différents Miroirs (historique et moral), les Vies de saints, les représentations des Mystères et particulièrement cette Legenda sanctorum de Jacques de Voragine (t 1298) que sa grande vogue fit nommer la Légende dorée, Legenda aurea.

63. L'Eucharistie est toujours le centre du culte. Il est vrai que le peuple chrétien a peu à peu abandonné la pratique de la communion fréquente. Le ive concile de Latran (can. 21) en est réduit à exiger pour le moins une communion annuelle au temps de Pâques. Les personnes pieuses elles-mêmes ne communient plus, en général, que cinq ou six fois par an. Le sacrement de l'autel reçoit pourtant des marques de respect de plus en plus profondes. A l'occasion de l'hérésie de Bérenger (1050), la coutume s'établit d'élever l'hostie après la consécration pour l'offrir à l'adoration des fidèles. Et dans une même pensée de dévotion, Grégoire X ordonna que, sauf pendant le temps de Pâques et de Noël, ils se mettraient à genoux depuis la consécration jusqu'à la communion. Les visions d'une religieuse de Liège furent le point de départ d'une solennité spéciale, en l'honneur du Saint-Sacrement. Urbain IV établit, en 1264, la Fête-Dieu ; des ordonnances de Clément Y et de Jean XXII en firent une fête annuelle. Alors fut instituée la procession de la Fête-Dieu.

64. Après Jésus, Marie. Le culte de la sainte Vierge est une des caractéristiques de la dévotion du moyen-âge. Saint Bernard prépare la place que Dante lui assigne dans son Paradiso. En sa. qualité de mère de Dieu elle est médiatrice entre Dieu et les hommes. On alla jusqu'à dire qu'elle était, avec son Fils, la corédemptrice de l'humanité. Saint Anselme l'appelait omnipotentia supplex et l'abbé de Clairvaux donne à entendre qu'on ne l'a jamais invoquée en vain. Les principales fêtes qu'on célèbre en son honneur (depuis le vne siècle) sont la Nativité (8 septembre) et son Assomption (15 août). Pendant cette période, s'établit la fête de son Immaculée-Conception. Ce ne fut pas sans difficulté. Chose étonnante, les princi-

paux docteurs de l'Église, saint Bernard et saint Thomas d'Aquin, s'opposèrent à cette institution. C'était l'Angleterre qui avait légué la fête au continent ; ce fut un docteur d'Oxford, Duns Scot, qui finit par faire prévaloir, à l'Université de Paris, la doctrine de l'Immaculée-Conception. Rome hésita quelque temps à prendre parti. Sixte IV (1471-1484) fut le premier pape qui se prononça nettement en faveur de la fête et du dogme de l'Immaculée-Conception.

65. Le culte des saints, en général, prit aussi, en ces temps, un accroissement considérable. Le peuple n'attendait pas toujours l'assentiment des chefs de l'Église pour mettre sur les autels ceux qu'il vénérait déjà de leur vivant. Il fallut régler ces canonisations trop sommaires. Un capitulaire de Charlemagne, de 805 (c. 17), avait déjà déclaré que l'évêque seul pourrait prendre une décision sur ce point. Plus tard, on eut recours directement au synode romain. Le premier exemple de ce genre est la canonisation d'Ulrich, évêque d'Ausbourg, à laquelle procéda le synode de Latran en 993. Enfin les canonisations furent réservées aux papes en vertu d'un décret d'Alexandre III (III., De reliquiis, xlv, 1). Plusieurs saints de l'antiquité se disputaient la faveur populaire. On s'arrachait leurs reliques et on se pressait autour de leurs tombeaux. Les pèlerinages les plus fréquentés, après les lieux saints de la Palestine, sont les tombeaux des apôtres à Rome, le sanctuaire de Saint-Jacques de Compostelle et la tombe de saint Martin de Tours. D'autres saints ont une vogue qui n'est guère moins grande : saint Etienne, saint Sébastien, saint Nicolas, saint Christophe, sainte Barbe, sainte Catherine, saint Éloi, saint Adrien, etc. Les corporations les prennent pour patrons, et se mettent sous leurs bannières. Le culte des reliques alla de pair avec la dévotion aux saints. Et l'un et l'autre ne restèrent pas toujours dans les limites d'une sage réserve. On exagéra la puissance des reliques aussi bien que la vertu de l'intercession des saints. Et pour se procurer ces restes sacrés auxquels on attachait un si grand prix, les fidèles employèrent quelquefois des moyens que réprouve l'honnêteté. D'autres, exploitant la crédulité populaire,

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