XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE
firent de fausses reliques un commerce éhonté, que Rome et l'épiscopat ne surent pas toujours réprimer comme* il convenait.
66. Les drames et mystères chrétiens forment, depuis le xie siècle, un notable développement des solennités de l'Église. On joue d'abord les drames de la Passion et de Pâques, puis d'autres pièces pour toutes les fêtes de Notre - Seigneur et des saints. On les jouait dans les églises pour édifier et instruire le peuple. Quand le respect convenable, soit de la part des acteurs, soit des auditeurs, fut plus difficile à obtenir, c'est-à-dire depuis le xme siècle, on s'accoutuma peu à peu à jouer ces drames hors des églises. Ils offraient encore ainsi une récréation décente et, vu Je nombre des jours chômés, doublement désirable.
Malheureusement, « à côté de ces pièces religieuses, on en joua de bonne heure qui revêtaient un tout autre caractère, on y parodiait les fonctions ecclésiastiques; c'est ce qui se passait en particulier le jour de la fête des fous et de la fête de l'âne. On connaît surtout la manière dont était célébrée à Sens la fête des fous, pour laquelle on avait composé un office grotesque (missel dû à l'archevêque Pierre de Corbeil ( f 1222). Doublement inconvenantes en elles-mêmes et à cause de la sainteté du lieu, ces représentations furent interdites par les synodes et par le Saint-Siège ; mais ces défenses restèrent longtemps lettre morte. La fête des fous s'est maintenue jusqu'au commencement du xvie siècle ; la fête de l'âne, pour laquelle on avait également un office, dura encore plus longtemps (1). »
67. L'état des mœurs à cette époqueofïre tous les contrastes. Pour le bien connaître, il faudrait passer en revue minutieusement la curie romaine, le clergé en général, les ordres religieux et les simples fidèles; nous n'en donnerons qu'un aperçu.
La centralisation, voulue par Rome, avait ses-
(1) Funk, Histoire de F Église, trad. Hemmer, t. i, p. 541-542. Hist. Rel. - II - 28
avantages, mais elle avait aussi ses inconvénients. L'impôt du cens que ce régime exigeait paraissait lourd aux nations catholiques. En 1081, Grégoire VII mande à ses légats en France de prescrire le paiement annuel d'un denier par maison, et cela, dit-il, « en vertu d'une coutume ancienne que consacre un diplôme authentique de l'empereur Charlemagne. » Les autres puissances acquittaient pareillement cette redevance sous le nom de « denier de saint Pierre » . D'autres dîmes alimentaient la caisse pontificale. De si abondantes ressources étaient néanmoins insuffisantes. Jean XXII, en augmentant les services de la curie, trouva le moyen d'attirer à elle tout l'argent dont elle avait besoin. On lui doit la réglementation de la chancellerie, la création de tribunaux comme la Rote, F « Audience du sacré Palais », 1' « Audience des lettres contradictoires », toute cette armée de notaires, abréviateurs, scribes, auditeurs, qui feront ressembler le palais apostolique à un ministère ou à un prétoire. Les réserves dans la collation des bénéfices vacants devront aider à payer les frais de cette administration de plus en plus compliquée. Il ne s'agissait d'abord que des bénéfices vacants en cour de Rome. Par la décrétale Ex debito pastorolis officii (1317), Jean XXII déclare que sont censés vacants en cour de Rome tous les bénéfices dont le titulaire est transféré, déposé, dont l'élection est nulle. Benoît XII, par la Bulle Ad regimen, élargit encore cette interprétation, en 1335. Réserve quand une élection est cassée ; réserve quand le titulaire se démet ou renonce, réserve quand il accepte avec dispense un bénéfice incompatible, etc. Dans ces conditions l'ancien droit électif n'existe plus guère ; il n'est presque plus d'église, abbaye ouévêché, qui ne soient conférés directement par la curie. Et grâce au système des mandats et des expectatives le Saint-Siège arrive encore à mettre la main sur les petits bénéfices : cures, prébendes, dignités. Nul de ces bénéfices n'est accordé sans rétribution. Le tarif est uniforme, une année de revenus : « communs services » pour les évêchés et monastères conférés en consistoire ; «annates» pour les bénéfices collatifs, cures, prébendes et dignités. Déjà Clément V s'était approprié pendant trois ans ces