XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE
revenus en Angleterre. En 1317, Jean XXII perçoit les annates dans le pays de Galles et en Irlande. En 1320, le bulle Quant nonnullse étend le système à toute la chrétienté. Et ces revenus s'augmenteront par les droits de chancellerie que la curie exigera dans les deux à trois cents cas pour lesquels clercs et fidèles devront s'adresser à elle ; tant pour une dispense de mariage, de bénéfice, d'indignité, d'incapacité, etc ; tant pour ne pas résider dans sa paroisse ou ne pas visiter son diocèse; tant pour avoir un autel portatif ou célébrer la messe « suivant le rite romain» ; tant pour la minute et pour la grosse, pour l'expédition ou pour le sceau, etc.
Cette façon d'aspirer le plus clair des richesses de la chrétienté, cet afflux d'argent à Rome, où tout ne se passait pas selon les règles d'une économie parfaite, ne pouvait manquer de soulever de profonds mécontentements. Le cumul des bénéfices, autorisé parfois par la faiblesse ou la maladresse des papes, irritait encore davantage les esprits. Pour ne citer qu'un exemple entre mille, on n'admettait pas qu'un pape (Sixte IV) accor dât à son neveu, le cardinal Pierre Riario, des bénéfices qui lui rapportaient annuellement 2.400.000 francs pendant que d'autres clercs étaient réduits à la misère. Rome aggrava ainsi, au xive et au xve siècle, les griefs que depuis longtemps on avait entretenus contre elle. Déjà, du temps de saint Bernard, l'amour de l'argent passait pour un mal plus spécialement romain, pour un vice de la curie. En 1299, un maître d'école de Bamberg publiait un poème intitulé le Coursier, où ce vice était vigoureusement flétri : « A Rome, disait-on, les indulgences, les évêchés, les abbayes, tout est à l'encan; vous pouvez y acheter saint Pierre, et l'on vous donnera saint Paul par dessus le marché. » Style de pamphlet, sans doute. Cependant plus tard un défenseur de la papauté, Alvarez Pelayo, dira de son côté : » « Je ne puis entrer dans les chambres d'un ecclésiastique attaché à la curie sans y trouver des usuriers et des clercs occupés à compter et à peser des piles d'écus. » Des usuriers, c'était déjà le mot de Pierre du Bois. « Ne voyez-vous pas combien le pape et les cardinaux reçoivent de présents, de ceux à qui
ils confèrent des bénéfices : combien par leurs banquiers prêtent à un taux usuraire l'argent qu'ils possèdent ? » Et il ajoutait : « Quel est celui qui, voyant l'état actuel de l'Église, si éloigné des Pères et des docteurs, ne trouve pas nécessaire, urgente, une réforme générale, surtout dans les chefs. » A la lin du xive siècle et au commencement du xve ce cri sera, pour ainsi dire, le mot d'ordre de toute la chrétienté.
Le grand schisme d'Occident, où l'on vit jusqu'à trois papes se disputer le gouvernement de l'Église, ne fit encore qu'aggraver les maux dont souffrait la chrétienté. Comme on rendait la papauté responsable des abus, c'est elle, avant tout, qu'on entreprit de réformer. Quatre assemblées conciliaires, Pise (1409), Constance (1414-1418), Sienne (1423-1424), Bâle (1434-1448), marquent les étapes, le progrès et les transformations de cette tentative.
« La première assemblée énonça la doctrine de la suprématie du concile (que les circonstances avaient mise pratiquement en question), mais elle échoua dans son dessein de mettre fin au schisme. La seconde devait réussir, et dans son essai d'union et dans l'adoption d'un programme de réformes. Dès ses premières sessions (26, 30 mars, 6 avril 1415). elle avait proclamé sa supériorité, puis obtenu la démission ou prononcé la déposition des papes rivaux. L'élection de Martin V avait rétabli l'ordre. Mai> l'œuvre doctrinale n'avait pas fait oublier l'œuvre réformatrice. La réorganisation du Sacré-Collège devenu une représentation véritable des divers peuples chrétiens (28 octobre 1417), la périodicité des conciles généraux (9 octobre 1417), un décret sur la procédure des appels en cour de Rome et les translations épiscopales, l'invitation faite au pape de réformer l'Église dans son chef et dans ses membres, indiquèrent nettement le désir de restaurer un régime de garanties dans le catholicisme. A vrai dire, malgré des mesures violentes et des déclarations très fermes sur ses droits, l'assemblée de Constance s'était inspirée des tendances modérées. Elle avait condamné les doctrines de Huss et de WiclefT contre la primauté papale. Forte de ses principes, elle avait enfin laissé au nouveau pape le soin de réprimer lui-même les abus,