XV. l'église LATINE DU IVe AU XVe SIÈCLE
lui faisant crédit pour l'application dos mesures décrétées ou suggérées (1). »
Martin V n'entendait pas se dérober à son devoir. Mais il ne concevait pas comme le concile les réformes à opérer. Tout en faisant la guerre aux abus, il maintient le système d'où ils procédaient. Il casse les exemptions accordées depuis Grégoire XI, supprime un certain nombre de dispenses, renonce aux vacants, prend des mesures contre la simonie, le dérèglement des clercs, pour Je paiement des dîmes : limite les expectatives et les * ommendes, et consent à régler, voire à diminuer les taxes que perçoit la curie. Mais tous ces changements laissent intact le mode d'intervention des pontifes romains dans les affaires générales de l'Église. Les partisans de la réforme n'obtiennent pas la satisfaction qu'ils demandent.
Le concile réuni à Sienne ne put tenir de séances utiles. Le nombre infime des Pères (deux cardinaux et quatorze évêques, en tout) rendait illusoire toute discussion. Lorsque s'ouvrit le concile de Bâle en 1431, les esprits, qui se trouvaient aigris, ne surent pas garder la modération qu'exigeait l'œuvre à entreprendre. Ils attaquèrent de front la papauté. Ils abolirent sans merci le régime des réserves et le système fiscal dm à Jean XXII et à Benoît XII. Le régime judiciaire ne lut pas épargné. Par le décret de janvier 1438, un départ rigoureux est fait entre les causes réservées au pape et celles qui sont rendues aux ordinaires : la hiérarchie des appels est établie, le droit d'évocation en cours d'instance supprimé. Des garanties sont formulées contre le scandale des procédures occultes et des citations arbitraires. Un projet de réforme de la curie est soumis au pape. On ne touche pas aux taxes de chancellerie, mais on étudie un nouveau projet de régime fiscal et l'idée se fait jour d'un budget général de la chrétienté, confié au pape sous le contrôle du concile.
Ces belles dispositions devaient rester lettre morte. Pour qu'elles fussent efficaces, il aurait fallu que l'accord se fît entre ceux qui étaient appelés à les réaliser : la
(1) Imbart de la Tour, La crise religieuse au xve siècle, dans le Correspondant, 10 mars 1911, p. 848.
papauté et les Pères du concile. L'état des esprits rendait malheureusement cette entente pour lors impossible. Et la réforme tant attendue se trouva de la sorte forcément ajournée.
Tout n'était pourtant pas à dédaigner dans les mesures que le concile de Bâle avait proposées. «Si l'on se rappelle que le désordre financier, les opérations de banque ou la vente des indulgences furent la grande cause du discrédit qui, à la fin du siècle, frappa l'autorité papale, on peut se demander si l'adoption du projet (fiscal) du concile n'eût pas rendu impossible le schisme luthérien. En réalité, pour juger équitablement l'œuvre réformiste de Bâle, il ne faut pas oublier qu'un certain nombre de ses décrets sur les conciles provinciaux, les expectatives, les commendes, furent repris par le concile de Trente et que la plupart des droits reconnus à la papauté furent analogues à ceux que lui laissèrent les concordats. »
■68. Les mesures prises par Grégoire VII contre la simonie et la clérogamie n'avaient eu qu'un demi-succès. La loi du célibat ecclésiastique ne fut reçue qu'à grand'peine dans certains pays de conversion récente ; les clercs de Pologne, Silésie et Moravie ne s'y soumirent que vers la fin du xne siècle, et ceux de Suède, Danemark, Hongrie, vers le milieu du xme : ailleurs, nombreux encore étaient ceux qui regimbaient contre le fardeau que les conciles s'obstinaient à leur imposer. Souvent il fallut recourir aux peines canoniques. Amendes pécuniaires, perte des bénéfices, dégradation, les châtiments variaient suivant les cas. Le mal continua néanmoins de sévir, au point qu'il se trouva de bons esprits pour demander comme remède que les clercs fussent autorisés à se marier. Guillaume Durand de Mende proposa au concile de Vienne de mettre ce projet en délibération, et au concile de Bâle l'empereur Sigismond n'hésita pas à l'appuyer. Guillaume de Saignet écrivit tout un livre en faveur de la clérogamie. Mais cette idée ne prévalut pas. Gerson se chargea de réfuter Saignet et demanda tout simplement pour les jeunes clercs une éducation sévère. Sa proposition
(1) Imbart de la Tour, art. cit., p. 860.