‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 24 sur 306 · XI. LA RELIGION D'iSRAEL · texte numérisé non relu

XI. LA RELIGION D'iSRAEL

(Gen., vin, 21) : qu'attendre d'un impur qui provient lui-môme d'un être impur (Job, xiv, 4), de quelqu'un qui naît dans le péché et que sa mère y a conçu (Ps. li, 7) ? De telles idées comptent pour l'histoire de la doctrine du péché originel.

59. Mais il y a plus grand mal. Nos jours s'élèvent à soixante-dix ans et, dans leur pleine mesure, à quatre-vingts ans(Ps. xc, 10); puis il faut mourir. Quand un homme meurt, on accomplit les rites du deuil. On le pleure, on se lamente sur son départ, on baise son cadavre en signe d'adieu (Gen., l, 1) ; rien en tout cela que de très naturel. Sous l'influence du même sentiment, on multiplie les actes qui, en toutes circonstances, témoignent du regret et de la douleur ; on déchire ses habits (Gen., xxxvn, 34; Job, i, 20), on enlève sa chaussure (Ez., xxiv, 17), on coupe ses cheveux (Jer., xvi, 6), on se revêt du sac (Gen., xxxvii, 34), on se voile la tête (II Sam., xix, 4), on se couvre de cendre et de poussière (Jos., vu, 6), on se fait des incisions (Jer., xvi, 6), on jeûne (I Sam., xxxi, 13). Le moment venu de se séparer du cadavre, on l'inhume et on veille à lui assurer un asile à jamais inviolable ; la crémation, d'un usage très rare, aura elle-même pour complément l'ensevelissement des restes épargnés par la flamme (I Sam., xxxi, 13). Même après la sépulture, le vivant a encore des devoirs envers le défunt : on lui offre des aliments (Deut., xxvi, 14) et l'on s'assorie pour les repas funéraires (Jer., xvi, 7). Cependant que pense-t-on du disparu et du sort qui lui est fait ? La réponse à cette question semble parfois très simple ; le corps retourne àla poussière et Dieu reprend son esprit (Eccl., xn, 7). Plusieurs des usages funéraires toutefois témoignent nettement de la croyance à une véritable survivance. La sépulture a moins pour but d'éloigner le cadavre que d'assurer le repos à l'âme ; les offrandes attestent que toute vie ni même tout besoin ne sont pas supprimés. Il n'est pas jusqu'aux pratiques de la nécromancie qui ne déposent dans le même sens. Aucun de ces témoignages d'ailleurs ne permet de conclure qu'à un moment donné l'on ait pratiqué le culte et la divinisation des ancêtres ; les croyances relatives à la vie d'outre-tombe donnent une impression toute contraire.

60. Quoi qu'il en soit de leur identité foncière, le retour de l'esprit {rûah) à Dieu n'entraîne pas la disparition complète de l'âme ou néphé$. Le néphés ne subsiste pas avec cette plénitude d'être et de vie que nous attribuons à l'âme séparée du corps; il n'est plus qu'une ombre de lui-même, il n'a plus qu'une ombre de vie ; on ne l'isole pas d'ailleurs d'une ombre de sa chair. Le rendez-vous des principes spirituels est le se'ôl (Ps. xvi, 10; lxxxix, 49 ; cxvi, 3), que l'on ne songe plus à confondre avec le tombeau; ils y portent un nom nouveau, celui de rephà'îm (Is., xiv, 9 ; xxvi, 19), dont l'étymologielaplus juste est peut-être encore celle qui le rattache au verbe ràphà\ être faible. Le sens du mot se'cl serait à son tour très difficile à préciser ; mais les synonymes employés dans la Bible, les descriptions qu'on en fait, montrent ce que les Israélites en pensaient. C'est le lieu de la destruction (Job, xxvi, 6), la prison souterraine (Job, xxviii, 22), la demeure du silence (Ps. xciv, 17), le pays des ténèbres et de l'ombre épaisse (Job, x, 21),... etnousvoilàrenseignéssur sa nature. Séjour immense — seule la sagesse divine est plus vaste (Job, xi, 8) — il est le rendez-vous de tous les hommes. Tel un monstre qui ouvre sa gueule pour engloutir l'humanité (Is., v ,14) : rois et princes, petits et grands s'y rencontrent (Job, m, 13-19); on y va tout naturellement à la fin de ses jours (Job, xxi, 13) et, quand on guérit d'une maladie mortelle, on est retiré de ses portes (Ps. xxx, 4). Séjour universel, le -se'o/ est un séjour définitif : quiconque y descend n'en remonte pas, sa maison ne le connaît plus (Job, vu, 9, 10). De cette demeure suprême on redoute les abords et l'on s'approche avec tristesse. La pensée seule de ce pays de ténèbres fait frémir l'Israélite qui apprécie à un si haut degré la lumière de son beau ciel. Mais ce n'est pas tout. Dans le sombre séjour, l'âme est loin d'avoir son activité d'ici-bas ; c'est sur terre qu'il faut agir, car il n'y a ni action, ni réflexion, ni science, ni sagesse au se'ôl (Eccl., ix, 10). Satisfaction vague de se retrouver avec ses pères (Gen., xv, 15 ; xxv, 8, 17), souvenirs indécis du passé et de ses grandeurs (Is., xiv, 9-11), pensées confuses et ensommeillées, demi-réveils éphémères (Is., xiv, 10) : le nêp''és descendu là-bas

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