XI. LA RELIGION D'iSRAEL
n'en demande pas davantage ; que la pythonisse le ramène un instant sur cette terre, et il est ébloui et troublé par la lumière (I Sam., xxviii, 15). Ajoutons à cela la privation suprême ; au *e,ôl, on ne voit plus Yahweh, on ne le loue plus : Non infernus confitebitur tibi (Is., xxxix, 18)... Non mortui laudabunt te, Domine (Ps., cxv, 19)... C'est par un texte de psaume, peut-être tardif, que nous pouvons finir cette description. Longtemps, en ce domaine, l'Israélite en est resté à ses vieilles idées sémitiques ; les clartés de la révélation n'en ont que peu à peu dissipé les nuages . Un point toutefois est déjà acquis : le se'ôl n'est pas ici un royaume distinct; Yahweh y est souverain comme sur la terre et au ciel, il y envoie l'homme à l'heure qu'il lui plaît et il saurait au besoin l'en retirer (I Sam., h, 6; Os., xm, 14; Am., ix, 2; Ps. xvi, 10).
61. Créé par Dieu, l'homme en dépend sans cesse, non seulement parce qu'il attend de lui la conservation de son existence, mais encore parce qu'il a des devoirs à lui rendre. Le premier de ces devoirs est celui de la religion. Dès le début du Décalogue, Yahweh apparaît comme le seul Dieu, le seul qu'Israël doive honorer (Ex., xx, 2, 3), comme un Dieu jaloux qui n'admet pas de rival (Ex., xx, 5). En présence de ce souverain, que sa sainteté transcendante et inaccessible fait redoutable, le sentiment fondamental de la religion ne peut être que la crainte respectueuse (yir'at Yahweh). Le Code de l'alliance ne renferme pas ce mot de crainte, qui prendra tant d'importance ailleurs ; mais il manifeste déjà une forme de ce sentiment : le respect dû au nom de Dieu qu'on ne doit pas prendre en vain (Ex., xx, 7). Tout en insistant sur la crainte (Deut., vi, 2, 13), le Deutéronome montre qu'elle est compatible avec un autre mouvement du cœur qu'elle semblerait devoir exclure, celui de l'amour : « Tu aimeras Yahweh ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta force.)) (Deut., vi, 5). On entrevoit dès lors quelle forme la prière de l'Israélite peut revêtir ; les psaumes les plus anciens du recueil trahissent à la fois les impressions de la crainte et les élans de l'amour ; ils donnent une grande place au repentir après la faute.
62. Parmi les manifestations plus extérieures de la religion, il faut rappeler d'abord celles qui gardent un caractère individuel et que nous avons déjà signalées pour des périodes plus anciennes : la circoncision (Ex., iv, 24- 26), l'alliance (I Reg., v, 26), le serment (II Sam., xxi, 7; I Reg., i, 13), le vœu (I Sam., i, 11; Jud., xi, 30, 39). Il faut y ajouter celles qui ont trait à la nourriture et aux multiples observances concernant les animaux purs et les animaux impurs (Deut., xiv, 3-20). Mais la religion extérieure tend à revêtir un caractère national et collectif. Elle groupe le peuple aux sanctuaires pour les sacrifices.
63. C'est, en effet, de la pluralité des sanctuaires qu'il faut parler pour cette date. A la prendre en elle-même, cette pratique constitue déjà une déviation : au culte de la vie nomade semblaient devoir correspondre, après l'entrée en Canaan, les hommages rendus à Yahweh dans le seul sanctuaire où se conserverait le symbole authentique de sa présence, à savoir l'arche sainte. Mais cette déviation en entraînait d'autres, préjudiciables à la juste idée de l'unité divine et à la décence des emblèmes et des rites, qui échapperaient à la surveillance de l'orthodoxie centrale. Les Israélites négligèrent ces considérations. En arrivant en Palestine, ils retrouvèrent d'abord les lieux de pèlerinages où leurs ancêtres avaient prié, où même, pendant le séjour en Egypte, les fils de Jacob n'avaient pas entièrement cessé de venir accomplir leurs devoirs de religion ;Béthel,Bersabée, ainsi que Galgala(Am.,iv,4; v, 5), sanctifié par le souvenir du passage du Jourdain ( Jos., iv, 19- 24), devinrent les grands sanctuaires de la nation. Puis, lors des mélanges religieux avec les Cananéens, les Israélites se rendirent volontiers à leurs lieux de culte (Jud.,n, 11); quand le peuple de Baal fut vaincu, il dut paraître naturel de consacrer ces autels à Yahweh (cf. Num., xxn, 41). Les sanctuaires étaient désignés sous le nom de bâmàh ou haut-lieu. Plusieurs d'entre eux se trouvaient, en effet, sur des hauteurs (1 ) ; mais le mot devint un terme consacré pour désigner toute espèce de lieu de culte, en quelque
(]) Tels, d'après leur nom même, Gabaa (I Sam., x, 5), Ramah (I Sam., xix, 18).