XVI. LE CHRISTIANISME DE LA RÉFORME A NOS JOURS
Le christianisme mutilé : protestantisme
2. Entré chez les Ermites de Saint-Augustin par crainte de ne pas faire son salut dans le monde, Martin Luther n'y trouva pas la paix de l'âme. Ni les jeûnes, ni les confessions générales ne dissipèrent les troubles de sa conscience maladive ni n'apaisèrent la violence de ses passions. De guerre lasse, il en vint à se persuader que la foi seule, sans les œuvres, justifie devant Dieu : l'homme n'est-il pas, depuis le péché originel, incapable de vouloir autre chose que le mal, et que peut-il faire sinon, par la foi, de couvrir sa corruption foncière du manteau protecteur des mérites de Jésus-Christ ? Pecca fortiter, sed fortins crede, écrira-t-il à Mélanchton, le 1er août 1521. Dès 1515, cette formule exprime le fond de sa croyance.
Les indulgences lui apparaissent comme aussi impuissantes à nous sauver que toute autre œuvre; et c'est pourquoi — il y était poussé d'ailleurs par la rivalité entre Augustins et Dominicains — il affiche, le 31 octobre 1517, à la porte de l'église de Wittemberg, les quatre-vingtquinze thèses où il en combat non seulement l'abus, mais le principe et l'utilité. On le réfute, il s'obstine et tient ses opinions pour une révélation de Dieu. Léon X, qui d'abord ne voyait en cette affaire qu'une « querelle de moines », mande le hardi professeur auprès de lui : Luther refuse de se rendre à Rome et réclame d'être jugé en Allemagne.
Satisfaction lui est donnée, et il n'a qu'à se présenter à Augsbourg devant le cardinal Cajétan. On n'obtient de lui aucune rétractation, il en appelle « du pape mal informé au pape mieux informé », bientôt même, « du pape au concile général. » Léon X s'efforce vainement de l'éclairer et de le ramener à la vérité catholique ; le 10 décembre 1520, le moine révolté brûle solennellement la bulle Exurge Domine et traite le pape d'« Antéchrist ». Le 3 janvier suivant, il était excommunié. Devant la diète de Worms il déclare qu'il ne se laissera convaincre que par l'Écriture
ou la raison : il est mis au ban de l'Empire ; mais son souverain et protecteur, l'électeur de Saxe, Frédéric, le fait conduire secrètement au château de la WartbourgT où il traduit la Bible en allemand et d'où il inonde l'Allemagne de ses écrits incendiaires.
3. L'université et toute la ville de Wittemberg lui étaient gagnées ; les humanistes, ennemis des moines, de la papauté et de la scolastique, le soutenaient alors ; de bons catholiques même espéraient encore qu'il réformerait l'Église ; les chevaliers « sans avoir » et des princes cupides se rangeaient de son côté.
Ses partisans, chaque jour plus nombreux, allaient même trop vite et trop loin : il sortit delà Wartbourg pour mener la lutte contre les anabaptistes, ces « chiens enragés » qui de tous les sacrements ne maintenaient que le baptême à l'âge de raison et réclamaient l'abolition des dîmes et le partage des biens communaux.
D'autres sectes, nées du libre examen, surgissaient. Toutes s'accordaient avec Luther pour n'admettre d'autre autorité en religion que la sainte Écriture, pour supprimer toute distinction entre clercs et laïques, pour combattre le célibat, le culte des saints, la messe et le purgatoire. Mais Munzer et Garlostadt, en Allemagne, Zwingle surtout et Œcolampade, en Suisse, ne craignaient pas de contredire le réformateur en diminuant le nombre des sacrements gardés par lui ou en s'en faisant une idée différente. Qu'y faire ? De quel droit Luther eût-il appelé Zwingle un hérétique, à moins d'en revenir, en se contredisant lui-même, à s'appuyer sur l'autorité des Pères et de l'Église infaillible ? Luther ne pouvait qu'injurier, voire excommunier, les dissidents ; il n'y manqua pas.
4. Cependant les Turcs avaient mis le siège devant Vienne. Des concessions aux luthériens parurent nécessaires. Les diètes de Spire (1526, 1529) statuèrent que le luthéranisme serait toléré jusqu'au prochain concile général, mais que désormais nul territoire ne passerait plus à la Réforme. Cette dernière décision souleva les protestations de plusieurs villes et seigneurs : les partisans de la Réforme en furent appelés du nom de protestants.
Malgré le vif désir de Charles-Quint, les catholiques