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XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS

ne pouvaient accepter la confession cTAugsbourg (1530), présentée par Mélanchton, ami et conseiller de Luther, et l'empereur fut contraint de réduire par les armes les luthériens ligués contre lui. La paix ne s'établit qu'en 1555, à la diète d'Augsbourg : deux religions sont autorisées dans tout l'Empire, le catholicisme et la confession d'Augsbourg ; le choix entre l'une ou l'autre n'appartient qu'aux États immédiats de l'Empire, princes, seigneurs, villes impériales, qui seront libres d'imposer leur religion dans toute l'étendue de leur territoire ; les princes luthériens gardent les biens qu'ils ont sécularisés, pareilles sécularisations ne pourront avoir lieu dans la suite.

Ce dernier article fut toujours mal observé, si bien que les catholiques sommèrent les protestants de restituer les biens indûment retenus. De là, en partie, la guerre de Trente ans, dans laquelle la France catholique soutint les protestants contre la Maison d'Autriche. Le congrès de Westphalie (1648), qui mit fin aux hostilités, était désastreux pour le pouvoir impérial, l'Empire, l'Espagne ; il accordait à tout prince, soit laïque, soit ecclésiastique, le droit de réformer la religion et reconnaissait les calvinistes aussi bien que les luthériens ; il consacrait les vols sacrilèges commis par les protestants depuis la paix d'Augsbourg ; il interdisait aux nouveaux ordres religieux de s'établir en pays réformé. Innocent X protesta, mais ce fut en vain, et les progrès de la réaction catholique furent arrêtés en Allemagne. Les petits États allemands, rendus autonomes parle traité de Westphalie, finiront par se grouper autour du roi de Prusse et par constituer le puissant Empire protestant d'Outre-Rhin.

5. Du vivant de Luther, sa doctrine avait déjà conquis, en dehors de l'Empire, le duché de Prusse, le Danemark, la Suède et la Norvège : l'intérêt, l'ambition, la corruption des mœurs ou le désir de se libérer de la domination étrangère, ici comme ailleurs, furent les principales causes de son succès. Quand le grand réformateur mourut, en 1646, il put emporter dans la tombe l'espoir, la certitude que son oeuvre ne périrait pas tout entière avec lui. Mais il n'était pas aussi rassuré sur le bienfait moral de la réforme, et lui-même n'y trouva pas cette paix intérieure qu'il cher-

chait depuis sa jeunesse. La justification par la foi seule, l'Écriture unique règle de foi, ces deux principes de la théologie luthérienne se révélaient déjà, à Luther lui-même et en Luther, comme impuissants à pacifier les âmes autant qu'à vivifier les églises qui s'en inspiraient.

6. La Suisse était en partie gagnée à la Réforme ; Genève même, en haine du duc de Savoie et de son évêque, avait adopté déjà la doctrine des huguenots (eidgenossen , confédérés) de Berne et de Zurich, quand le picard Calvin, qui venait de publier à Bâle son principal ouvrage, Institutio christianœ religionis (1535), y fut retenu par les prédicants Viret et Guillaume Farel.

Gomme Luther, Calvin ne reconnaît d'autre autorité suprême, en matière religieuse, que l'Écriture, évidente par elle-même à ce qu'il assure ; mais, sur plusieurs points importants, il se rapproche davantage de Zwingle ou il prétend restaurer plus fidèlement la doctrine et la constitution de l'Église primitive : c'est ainsi qu'il rejette la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, proscrit absolument le culte des images, prêche la prédestination antécédente et absolue, pour les damnés aussi bien que pour les élus, n'admet que des ministres de même rang, choisis par le peuple et ordonnés par les ministres euxmêmes.

Calvin, en quelques années, était devenu le maître de Genève. Il y régna en tyran, cherchant à imposer à tous la plus stricte austérité, ne respectant pas plus que Luther la liberté de conscience (qu'on se rappelle entre autres, le supplice de Michel Servet). Il ne négligeait pas, toutefois, les moyens de la persuasion : l'Académie qu'il créa et qu'il mit sous la direction de Théodore de Bèze, fut comme le séminaire d'où partirent les missionnaires de la Réforme ; c'est elle qui valut à Genève d'être appelée la « Rome du protestantisme ».

7. Guillaume Farel, Théodore de Bèze, Calvin étaient tous trois de nationalité française. Déjà, à Meaux, autour de l'évêque Briçonnet, quelques esprits cultivés, dont plusieurs appartenaient à l'université de Paris, Lefèvre d'Étaples notamment, s'occupaient, même avant Luther, de réformer l'Église en la ramenant à sa pureté primitive.

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