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XVI. LE CHRISTIANISME DE LA REFORME A NOS JOURS

Quelques-uns passèrent ensuite ouvertement au luthéranisme. A la cour, la sœur même de François Ier, Marguerite de Navarre — qui mourra catholique pourtant — et plusieurs dames d'honneur favorisaient les nouvelles doctrines. Le Parlement de Paris, puis une commission inquisitoriale extraordinaire se décidèrent à agir contre les hérétiques de Meaux : l'un d'eux, le prêtre Jacques Pauvent, périt sur le bûcher (1526). Dans les dix années qui suivirent, François Ier, à la suite d'outrages publics à la religion et pour se faire pardonner par le monde catholique sa politique extérieure, fit ou laissa condamner à la même peine d'autres luthériens, Berquin, par exemple, qu'il avait longtemps protégé.

Inutile d'insister ici sur le cruel massacre desVaudoiset sur les trente-six années de guerre civile (1562-1598) que les provocations des réformés et les violences d'Henri II valurent à notre pays. On se bornera à noter que, pour les grands surtout, les passions politiques, l'ambition, la soif de l'indépendance, la cupidité se cachaient volontiers sous le masque de la religion. Catherine de Médicis, digne fille de Machiavel, ne songea jamais qu'à servir ses combinaisons politiques. La Saint-Barthélémy (24 août 1572) «ce crime abominable, qu'égalent seuls dans notre histoire les massacres de septembre, n'eut pas même pour excuse, chez ceux qui l'ordonnèrent, le fanatisme religieux ; ce ne fut, osons trancher le mot, qu'un expédient, la dernière ressource de la souveraine aux abois après l'assassinat manqué de l'amiral » (1) de Coligny. Il faut remarquer aussi que la Ligue fut, en elle-même, un mouvement très légitime. Elle ne voulait qu'empêcher l'avènement au trône d'un prince hérétique. Quoi de plus juste ? L'Allemagne et l'Angleterre montraient bien le danger que l'hérésie des souverains constituait pour la vraie religion. Les catholiques, qui formaient la presque totalité de la nation française, étaient en droit, au nom des intérêts supérieurs de la religion, de travailler à écarter du trône Henri de Navarre. Ils ne manquaient pas de patriotisme,

(I) Alfred Baudrillart, L'Église catholique, la Renaissance, le Protestantisme, 4e édition, 1905, p. 161.

et ils se réjouirent sincèrement que l'absolution, enfin accordée à Henri par le pape Clément VIII (1595), leur permît de reconnaître sa souveraineté. « En conservant la France, le catholicisme avait gagné sa cause et raffermi son empire (1). » N'est-il pas surprenant que ceux-là mêmes qui exaltent la souveraineté du peuple, reprochent aux Français du xvie siècle d'avoir si fièrement défendu leurs droits les plus sacrés ? On devrait plutôt souhaiter que les autres peuples eussent mérité les mêmes éloges.

Pour apaiser les réformés très mécontents et, s'il se pouvait, prévenir le retour des guerres civiles, Henri IV promulgue le célèbre édit de Nantes (1598) : il leur concède l'égalité des droits civils avec les catholiques et des chambres mi-parties dans les parlements pour les procès ; le libre et public exercice de leur culte leur est assuré presque partout. L'édit de Nantes inaugurait l'ère de la tolérance religieuse : par lui, en effet, les Français étaient autorisés — les seuls en Europe- — à pratiquer une religion différente de celle de leur souverain.

8. Dès 1535, le livre de Y Institution chrétienne avait rallié au calvinisme les réformés français, qui jusque-là se réclamaient du luthéranisme. Calvin avait créé, en 1538, à Strasbourg la première église réformée française ; ce fut sur ce modèle que fut établie à Meaux, en 1546, la première église réformée de France. L'église de Paris était « dressée » dix ans plus tard, et, le 25 mai 1559, elle voyait se réunir le premier synode national où soixantedouze églises calvinistes étaient représentées. On peut dire que dans cette assemblée les bases de la Réforme française furent fixées définitivement. La confession de foi rédigée par Calvin et contenant les dogmes fondamentaux que l'on sait, fut approuvée ; l'organisation ecclésiastique, réglée. Chaque église avait sa vie particulière, et aucune église ne pouvait « prétendre domination » sur une autre. Toutefois, parce que des intérêts communs existaient entre ces églises, des liens étroits les réunissaient dans une sage gradation : colloque (plus tard, consistoire), synode provincial, synode national. Ce dernier, composé de députés

(1) Alfred Baudrillart, op. cil., p. 198.

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